Dieu seul DIEU Seul - De l'abnégation

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Maître Eckhart

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Une sincère et complète abnégation est une vertu préférable à toutes les vertus. Aucune oeuvre d'importance ne peut être faite sans elle. Et quelque insignifiante et modeste d'apparence que puisse être une affaire, si pourtant elle est faite avec abnégation, elle est plus profitable que de dire ou d'entendre la messe, que de prier, contempler ou autres choses de ce genre - prends, dis-je, l'affaire la plus futile du monde : ton abnégation sincère lui prête de la noblesse et une valeur plus haute. L'abnégation ne trompe jamais. Et ne reste pas non plus redevable de rien, que notre action soit ce qu'elle veut. Car elle reste quitte du bon ! L'abnégation n'a pas à se faire de souci, aucun bénéfice ne lui échappe : quand l'homme abandonne par abnégation ce qui est à lui, Dieu est obligé sur-le-champ de prendre fait et cause pour lui. Car d'un tel homme qui ne se soucie pas de lui Dieu doit se soucier tout comme de lui même. Quand je me suis démis de ma volonté dans la main de mon supérieur et ne me soucie pas de moi, cela oblige Dieu à s'occuper de moi. Ainsi donc d'une façon tout à fait générale : quand je ne veux rien pour moi, Dieu veut à ma place. Or réfléchis bien : que veut-il donc pour moi là où je ne veux rien pour moi ? Sans contredit il veut justement ce qu'il veut pour lui-même, ni plus ni moins, mais la même chose jusque dans le détail. Et s'il ne le faisait pas : par la vérité, qui est Dieu ! Dieu ne serait pas juste, ni bon, ce qui est pourtant son essence naturelle.
    Dans l'abnégation sincère on ne trouvera jamais un "je le veux de telle ou telle façon, je veux ceci ou cela" mais seulement la renonciation sans réserve à ce qui est à toi. De là aussi vient que dans la meilleure prière que l'homme puisse faire il ne doit pas y avoir quelque chose comme "donne-moi cette vertu, ce chemin" même pas "oui, Seigneur, donne-moi toi-même" - ou "la vie éternelle", mais : "Seigneur, donne-moi uniquement ce que tu veux et fais, Seigneur, ce que tu veux et comment tu le veux, de toute manière !" Cette prière dépasse la première comme le ciel dépasse la terre, et quand on fait ainsi sa prière on a bien prié ; car on a entièrement passé la main à Dieu dans la vraie obéissance. - Et de même que la vraie abnégation ne connaît pas de "je le veux ainsi" de même on ne peut jamais en tirer un "je ne veux pas" : un "je ne veux pas" est du vrai poison pour toute abnégation. Le fidèle serviteur de Dieu, dit St Augustin, n'a pas envie qu'on lui dise, ou qu'on lui donne, ce qu'il voudrait ; son premier, son plus urgent désir est d'entendre ce qui plaît le plus à Dieu.
  La plus puissante prière, presque toute-puissance, pour acquérir toutes choses, et aussi, parmi elles, l'oeuvre la plus précieuse, est celle qui sort d'un coeur vide. Plus celui-ci est vide, plus puissante, précieuse, proche, louable et parfaite sont prière et oeuvre. Le coeur vide a puissance sur toutes choses ! - "Qu'est-ce qu'un coeur vide ?" - Un coeur qui n'étant pas chargé ni troublé par quoi que ce soit, ni attaché à rien, ne voit nulle part dans le monde son avantage, mais est plongé entièrement dans la plus chère volonté de Dieu, ayant renoncé à la sienne propre ! Quelque insignifiant que puisse donc paraître en apparence ce que nous faisons, cela puise en ce point la force de Dieu, la toute-puissance de Dieu.
  Il faut prier si ardemment, avec toutes les fibres du corps et de l'âme, que l'on tienne retournés vers le dedans à la fois l'oeil et l'oreille, le coeur et la bouche ; et l'on ne doit pas s'arrêter avant que l'on ne sente que l'on est sur le point de devenir un avec celui que l'on a en face de soi et que l'on prie, avec Dieu.