Dieu seul DIEU Seul - Embrasement d'amour de Dieu

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Saint Jean de Croix

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"D'angoisses d'amour enflamée" :
L'âme, à la suite de ses tourments, se trouve embrasée d'un véhément amour de Dieu

L'âme nous révèle dans ce vers le feu d'amour qui, pendant cette nuit de douloureuse contemplation, s'est allumé en elle, comme le feu matériel enflamme le bois auquel il s'est attaché. Cet embrasement a bien quelque rapport avec celui que nous avons vu s'allumer dans la partie sensitive de l'âme, et pourtant il y a autant de différence entre l'un et l'autre qu'entre l'âme et le corps, entre la partie spirituelle et la partie sensitive. Ici, c'est dans l'esprit qu'à lieu l'embrasement d'amour. L'âme, au milieu de ses ténèbres et de ses tourments, se sent vivement et fortement blessée d'un véhément amour, et en même temps elle a un certain sentiment de Dieu, elle entrevoit Dieu en quelque sorte, sans connaissance particulière cependant, car, nous le savons, l'entendement est alors plongé dans les ténèbres.

L'esprit se sent violemment épris d'amour, parce que c'est le propre de cet embrasement spirituel de produire un amour passionné. Comme il s'agit ici d'un amour infus, sous l'impression duquel l'âme est plus passive qu'active, rien d'étonnant qu'il fasse naître en elle une ardeur véhémente et passionnée. Cet amour étant déjà quelque peu imprégné d'union avec Dieu, il participe à quelques-unes des propriétés de l'union. C'est ainsi que les opérations de Dieu s'impriment dans l'âme passivement, celle-ci ne faisant que donner son consentement. Cette chaleur, cette véhémence, cette ardeur amoureuse, autrement dit cette inflammation, comme elle l'appelle ici, c'est l'amour de Dieu seul qui les allume en l'âme par son union avec elle. Cet amour trouve dans l'âme d'autant plus de facilité et de disposition à l'union, qu'il a plus parfaitement séparé et rectifié tous ses appétits, qu'il les a rendus plus incapables de goûter soit les choses du ciel, soit les choses de la terre.

Cet effet a été extrêmement marqué dans cette obscure purification qui l'a sevrée de toutes sortes de goûts et les a tenus dans une telle abstraction qu'ils ne peuvent plus se nourrir de quoi que ce soit qui leur agrée. cette action avait pour but de les séparer de tout, afin que l'âme eût la force et la capacité voulues pour recevoir cette puissante union d'amour. Cette union commence à lui être accordée. L'âme va maintenant aimer de toutes ses forces spirituelles et de tous ses appétits sensitifs, ce qui lui était impossible alors que les uns et les autres se répandaient au-dehors pour goûter autre chose. C'est parce que David désirait recevoir ce puissant amour qui procède de l'union divine, qu'il disait à Dieu : "Je te garderai ma force" (Ps 58,10), c'est-à-dire toute la force de mes appétits, toute la capacité de mes pissances, et je n'appliquerai leur opération et leur goût à quoi que ce soit hors de toi.

On peut se faire par là quelque idée de la force de cet embrasement d'amour dans l'esprit, Dieu tient là recueillies toutes les facultés et toutes les puissances de l'âme, avec tous ses appétits, tant spirituels que sensitifs, afin que tout cet ensemble de facultés emploie ses forces à l'amour, accomplissant ainsi très véritablement le premier commandement, qui embrasse tout ce qui est dans l'homme et n'exclut rien de cet amour, puisqu'il porte : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton esprit, de toute ton âme et de toutes tes forces (Dt 6,5).

Une fois toutes les forces et tous les appétits de l'âme recueillis dans cet embrasement d'amour, une fois qu'elle-meme est touchée, blessée, enflammée en toutes ses parties, quels seront, je le demande, les mouvements, les élans de toutes ces forces et de tous ces appétits, embrasés et blessés d'un amour véhément, qu'ils ne possèdent pas et dont ils ne jouissent pas encore, puisqu'ils sont plongés dans les ténèbres et les incertitudes . Sans doute ils endurent une faim dévorante, comme "ces chiens" que David nous représente "faisant le tour de la cité, et laissant retentir des plaintes et des hurlements, parce qu'il leur est impossible de se rassasier" (Ps 58,7,15-16) de cet amour.

De fait, la violence de cet amour et de ce feu divin dessèche à tel point l'esprit, elle enflamme tellement les appétits du désir d'étancher leur soif, que l'âme s'agite en tout sens, elle aspire vers Dieu par d'insaiables dsirs et de toute l'ardeur de sa convoitise. David fait parfaitement comprendre cece dans un psaume : "Mon âme," dit-il, "a eu soif de toi. Ma chair elle-même a soupiré vers toi avec une indicible ardeur" (Ps 62,2). Une autre version porte : "Mon âme est altrée de toi, mon âme se meurt du désir de te posséder".

C'est ce que l'âme dont il s'agit ici rend par cette expression : «d'angoisses d'amour enflammée». En tout ce qui se présente, que ce soient des pensées qui l'assaillent, des affaires qui la réclament, des devoirs quelconques qui l'appellent, elle aime avec ardeur, elle désire douloureusement. En tout temps, en tout lieu, ce désir la torture, il ne lui laisse aucun repos. Sans relâche elle souffre de cette blessure, elle éprouve ce désir embrasé, tourment que le saint homme Job exprimait en ces termes : " Comme le cerf soupire après les ombrages, comme le mercenaire attend la fin de son tgravail, ainsi j'ai compté des ois vides de repos et des nuits pleines de tourment. Si je dors, demande : quand me lèverai-je ? Puis de nouveau j'attends le soir, et je serai rempli de douleurs jusqu'aux ténèbres " (Jb 7, 2-4).

Tout paraît resserré à cette âme, elle ne tient plus en elle-même, et le ciel, comme la terre, est trop étroit pour elle. Elle est, nous dit Job, remplie de douleurs jusqu'aux ténèbres, c'est-à-dire, conformément au sens et pour suivre notre sujet, elle est en proie à une souffrance sans consolation, elle a perdu toute espérance du retour de la lumière et des biens spirituels.
Son angoisse, son tourment dans cet embrasement d'aour est plus intense qu'auparavant. Maintenant il est double. D'une part les ténèbres spirituelles où elle est plongée l'affligent d'une infinité d'incertitudes et de craintes. De l'autre, l'amour de Dieu, dont elle est embrasée, la transperce de son amoureuse blessure et attise merveilleusement la flamme qui la dévore.
Isaïe nous dépeint très bien ces deux genres de souffrance : "Mon âme", dit-il à Dieu, "t'a désiré pendant la nuit". (C'est-à-dire, au milieu de la misère). Tel est le premier genre de souffrance qui est causé par cette nuit obscure. Et il ajoute : "Avec mon esprit, du fond de mes entrailles, je veillerai pour toi dès le matin" (Is 26,9). C'est le second genre de souffrance. Il est causé par l'ardeur des désirs que l'amour allume dans les entrilles de l'esprit, dans la faculté d'aimer.
Il est vrai qu'au milieu de ses peines obscures et amoureuses, l'âme sent en elle-même une certaine compagnie qui la réconforte, tellement que si on lui enlevait ce poids d'angoisses et de ténèbres , elle se sentirait seule, vide et sans énergie. Cela vient de ce que la force et l'énergie sont communiquées passivement à cette âme par la ténébreuse flamme d'amour qui l'enveloppe. Si elle cessait de l'envelopper, la force et la chaleur d'amour disparaîtraient, en même temps que les ténèbres.