Dieu seul DIEU Seul - Degrés d'amour de DIEU

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Saint Bernard

L'amour de Dieu
Degrés d'amour de Dieu
La charité

Du premier degré de l'amour : L'homme s'aime pour soi-même.

L'amour est l'une des quatre affections naturelles (avec la crainte, la joie et la tristesse). Il serait juste que ce qui est naturel fût employé d'abord au service du créateur de la nature. C'est pourquoi le premier commandement est : "Tu aimeras Dieu de tout ton coeur, etc." Mais comme la nature est trop fragile et trop faible, la nécessité lui commande de se mettre d'abord au service d'elle-même. C'est là l'amour charnel : l'homme commence par s'aimer lui-même pour le seul amour de soi, ainsi que le dit Saint Paul : "La part animale est venue la première, et ensuite la part spirituelle." Ce n'est pas là un commandement, mais un fait inhérent à la nature. Quel est en effet, celui qui hait sa propre chair ? Si toutefois cet amour, comme il arrive souvent, suit sa propre pente, s'il déborde, s'il ne se contente pas du lit de la nécessité et s'il couvre de ses eaux les vastes campagnes de la volupté, son innondation sera bien vite contenue et réprimée par la digue du second commandement : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". C'est la justice même, car celui qui participe de la même nature que nous ne doit pas être exclu de la même grâce, et surtout de cette grâce qui se trouve empreinte dans la nature. Si donc un homme estime qu'il est pénible, non pas même de subvenir aux besoins de ses frères, mais simplement de veiller à leurs plaisirs, il devra réfréner les siens propres, sous peine de transgresser la loi. Qu'il s'accorde toutes les facilités qu'il voudra, pourvu qu'il n'oublie pas de témoigner la même indulgence à son prochain. La loi de la vie et de l'ordre impose à l'homme le frein de la modération, pour l'empêcher de suivre ses appétits et d'aller à sa perte en mettant les biens de nature au service de la volupté, qui est l'ennemie de l'âme. Ne vaut-il pas mieux les faire partager, plutôt qu'à son ennemi, à son semblable, à son prochain ? Si comme le prescrit l'Apôtre, on se contente du vêtement et de la nourriture (1° Tim.,6,8) on n'aura pas grand mal à soustraire peu à peu son coeur aux désirs charnels qui combattent contre l'âme. Et ce qu'on retire à son ennemi, on le donnera sans peine, me semble-t-il, à son semblable. Pour peu que l'on consacre aux besoins de ses frères ce que l'on refuse à son propre plaisir, on connaîtra ce qu'est un amour tout ensemble modéré et juste. C'est ainsi que l'amour charnel, en se tournant vers le bien commun, se change en amour social.

  Mais que faire si, en partageant avec le prochain, on en vient à manquer soi-même du nécessaire ? Que faire, sinon en appeler, avec confiance, à celui qui donne abondamment à tous et ne reproche jamais ses dons, qui ouvre sa main et répand ses bienfaits sur toute créature ? Il ne fait point de doute que Dieu, qui ne refuse pas le superflu à la plupart des hommes, accordera le nécessaire à qui en a besoin. Car il est écrit : "Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît". Il promet donc d'accorder librement le nécessaire à quiconque restreint son superflu et aime son prochain. Or, c'est chercher d'abord le royaume de Dieu et implorer son aide contre la tyrannie du péché, que de subir le joug de la modération et la sobriété plutôt que de tolérer l'empire du mal sur son corps mortel. Et c'est justice aussi de partager les présents de la nature avec ceux qui participent de cette même nature.

  Toutefois, pour que l'amour du prochain soit parfaitement juste, il faut que Dieu soit en cause. Comment, en effet, aimerait-on son prochain d'un amour pur, si on ne l'aimait pas en Dieu ? Or, on ne peut aimer en Dieu, si l'on n'aime pas Dieu. Il faut donc que Dieu soit aimé d'abord, pour que le prochain puisse ensuite être aimé en Dieu. Aussi Dieu, qui est l'auteur de tout bien, est-il encore l'auteur de notre amour pour lui. Voici comment : ayant créé la nature, il la protège, car il l'a faite telle qu'elle a constamment besoin d'avoir pour protecteur celui-là même qui est son auteur. De même qu'elle n'a pu être que grâce à lui, elle ne saurait durer sans lui. De peur que la créature n'en vienne à se méconnaître et à s'arroger (ce qu'à Dieu ne plaise) les bienfaits du Créateur, ce même Créateur, par un dessein profond et salutaire, a voulu que l'homme fût mis à l'épreuve de toutes sortes de misères : ainsi, lorsque l'homme se sentira vaincu et que Dieu lui viendra en aide, l'homme saura que c'est Dieu qui l'a délivré, et il lui rendra les honneurs qui lui sont dûs. Il est écrit : Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai et tu me glorifieras (Ps. XLIX, 15). Ainsi se fait-il que l'homme animal et charnel, qui ne savait aimer que soi-même, commence à aimer Dieu, bien que ce soit encore pour son propre intérêt, car une expérience répétée lui a fait comprendre qu'en Dieu seul il peut tout ce qu'il lui est bon de pouvoir - et que sans Dieu il ne peut rien.

L'homme aime Dieu pour l'amour de soi