Dieu seul DIEU Seul - Contempler Dieu

DIEU seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

De l'accomplissement
Du détachement
Vie contemplative
Pauvreté en esprit
Des justes
Le juste
Du Fils de Dieu
Livre des consolations
Perfection de l'âme
Union Dieu-âme
Instruction spirituelle

Instruction pour la vie contemplative

C'est une touche de la grâce divine, quand l'homme aime à lire ou à entendre parler de Dieu, et c'est là pour l'âme un magnifique régal. S'occuper soi-même dans ses pensées avec Dieu, c'est plus doux que le miel. Mais connaître Dieu, quelle plénitude de consolation pour une âme noble ! Et s'unir complètement à Dieu dans l'amour, c'est la joie éternelle ! Déjà ici-bas l'homme doit pouvoir la goûter exactement dans la mesure où il s'y dispose. Il n'y a que trop peu de gens qui sont parfaitement disposés à la contemplation du merveilleux miroir divin ; il y en a déjà peu qui possèdent à quelque degré, ici sur terre, la vie contemplative. Pas mal s'engagent dans cette voie - et n'aboutissent pas. Cela vient de ce qu'ils ne se sont pas aussi exercés de façon convenable dans la vie active, la vie de Marthe. Comme l'aigle rejette son aiglon quand il ne peut regarder le soleil en face, ainsi doit-il en être de même pour l'enfant spirituel ! Celui qui veut édifier une construction élevée, il faut qu'il établisse solidement de fortes fondations. La vraie fondation est le comportement et la voie exemplaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il a dit lui-même : "Je suis la voie, la vérité et la vie." Si l'âme, dit Denys, veut suivre Dieu dans les déserts de la divinité, le corps doit tout autant, ici à l'extérieur, suivre le Christ dans sa pauvreté volontaire.
"Un tel homme va oisif !" Saint Bernard répond : "Je n'appelle pas cela de l'oisiveté quand on attend Dieu; c'est un travail au-dessus de tout travail pour celui qui ne le peut pas encore tout à fait". Mais qui veut chercher Dieu il doit le chercher dans la divinité ! Le Christ ne dit-il pas : "Si père et mère, ou quoi que ce soit veut t'en empêcher, tu dois laisser tout derrière toi et servir Dieu sans aucun empêchement !" Ou bien dans la langue du philosophe : L'homme qui est touché par l'action de la première cause, il n'a pas besoin de chercher conseil auprès de l'intelligence humaine ; il doit suivre ce qui est au-dessus de toute intellignece, car il est touché par la vérité originelle, la vérité cachée.
  Si nous réfléchissons aux saintes oeuvres qui jaillirent de la pauvreté de Notre-Seigneur, ou de son humilité, et si nos désirs ne nous portent pas vers elles, alors nos pensées sont vaines ! Mais même quand nous désirons ces saintes oeuvres, si nous ne nous occupons pas avec application de la façon de nous y prendre pour y arriver, c'est aussi un vain désir ! On serait volontiers humble - pourtant on ne veut pas être méprisé. Etre rejeté et méprisé c'est le fruit de la vertu ! On serait aussi volontiers pauvre - sans privation ! On veut bien aussi être patient - seulement on ne veut pas en même temps de contrariétés ni d'injures ! Et ainsi pour toutes les vertus. Les pauvres vonlontaires, eux aussi, descendent dans la vallée de l'humilité : et ils n'acceptent pas de consolation des choses périssables. Honte et contrariétés s'ensuivent, qui sont la meilleure des épreuves pour se connaître soi-même. Et c'est dans la mesure où l'homme se connaît lui-même qu'il peut en venir à la connaissance de Dieu...
  Il faut apporter à Notre-Seigneur une expiation pour tout ce qu'il nous a fait ! On trouve bien des gens qui suivent Notre-Seigneur pour une part, pas pour l'autre. Ils renoncent à leurs biens, leurs amis, leur honneur, mais cela les touche de trop près que l'on doive faire abnégation de soi-même. Il y en a qui n'aspirent pas aux honneurs et ne les recherchent pas; mais si quelque honneur leur échoit, cela leur fait de l'impression.

  L'oeuvre intérieure la plus infime est plus haute et plus noble que la plus grande oeuvre extérieure. Et pourtant : même l'oeuvre intérieure la plus noble doit être dépouillée, si Dieu doit être purement et simplement présent à l'âme. Ceci est la meilleure de toutes les oeuvres qu'on puisse faire : se diriger vers l'union avec le Dieu présent et l'attendre avec une application continue. Ainsi parle saint Paul : "Ceci est le meilleur de tout : devenir un avec Dieu." Pour ce "devenir un" l'âme doit être séparée non seulement de toutes les oeuvres extérieures, mais aussi de toutes les oeuvres spirituelles et intérieures : en sorte que Dieu soit, tout à fait immédiatement, celui qui oeuvre et que l'âme ne souffre que l'oeuvre de Dieu à laquelle elle s'assujettit dans une parfaite obéissance, afin que Dieu soit en état d'engendrer son fils unique dans l'âme, tout comme en lui-même. Ceci est l'union par laquelle l'âme est davantage unie à Dieu en un instant que par toutes les oeuvres qui ont jamais été accomplies, qu'elles soient corporelles ou spirituelles. Plus cette naissance se produit souvent dans l'âme, plus elle est unie à Dieu. Dieu "naît" dans l'âme libérée, en ce qu'il se révèle à elle d'une manière nouvelle qui est sans aucune manière, dans une illumination qui n'est plus une illumination, qui est la lumière divine elle-même. Saint Augustin dit à ce propos : "Quand l'âme est allumée par l'amour divin, Dieu est né dans l'âme, et le Saint-Esprit est un attiseur de l'amour."

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