Dieu seul DIEU Seul

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Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


Conduite que doivent tenir ceux que Dieu introduit dans la nuit obscure

Dans le temps des sécheresses de la nuit sensitive, alors que Dieu fait subir à l'âme cette transformation qui consiste à passer de la vie du sens à la vie de l'esprit, et où les puissances deviennent incapables de discourir sur les choses de Dieu, parce qu'il s'agit de passer de la méditation à la contemplation, les spirituels souffrent à l'extrême, non tant des sécheresses qu'ils endurent, que de la crainte d'être égarés, de la pensée que les biens spirituels sont perdus pour eux, et que Dieu les a délaissés. Ces sombres pensées viennent de ce qu'ils ne trouvent plus ni goût ni appui dans les choses saintes. En proie à cette affliction, ils font effort pour procurer à leurs puissances quelque goût sensible, pour les appliquer à quelque travail discursif, se persuadant que tout consiste à se sentir agir. Cet effort leur cause intérieurement beaucoup de dégoût et de répugnance, parce qu'ils sentent un besoin de repos, d'oisiveté, d'inaction des puissances.
  Ainsi, en tâchant de se servir de leurs puissances, d'une part ils dérangent l'oeuvre en cours et de l'autre ne gagnent rien ; ils ne font que perdre le bienfait de la tranquillité et de la paix. Telle une personne qui déferait ce qui est fait, pour recommencer à le faire, ou qui sortirait d'une ville pour y rentrer, ou qui laisserait la proie qu'elle tient pour en poursuivre une autre. Vains efforts. Ils ont beau chercher à reprendre leur première manière de faire, ils restent aussi vides qu'auparavant.
  Si dans cet état ils ne trouvent personne qui les comprenne, ils retourneront en arrière, quitteront le chemin de l'esprit ou n'y marcheront que d'un pas languissant. A tout le moins, ils n'avanceront pas. Voyez-les en lutte avec eux-mêmes pour continuer la méditation discursive : ils se fatiguent, ils se lassent à l'excès, dans la persuasion que tout le mal vient de leur négligence et de leurs péchés. Peine inutile, car Dieu les mène à présent par un autre chemin, tout différent du premier, puisque c'est celui de la contemplation. Alors tout reposait sur la méditation discursive ; maintenant il n'y a plus rien à voir avec l'imagination et le discours.
  Que ceux qui se trouvent en cet état se consolent et persévèrent avec patience. Qu'ils ne s'affligent pas, mais se confient en Dieu. Il n'abandonne pas ceux qui le cherchent d'un coeur simple et droit ; il leur donnera toujours le viatique indispensable à la route, et finira par les amener à la pure et brillante lumière de son amour. Il se servira pour cela de la seconde nuit, celle de l'esprit, s'ils sont assez heureux pour s'y voir introduits.
  Ce qu'ont à faire les personnes qui se trouvent dans la nuit du sens, c'est de ne se soucier nullement de la méditation discursive, car, ainsi que je l'ai dit, ce n'en est plus le temps. Qu'elles laissent leur âme en repos et en quiétude, même s'il leur semble qu'elles ne font rien, qu'elles perdent leur temps et que cette envie de ne penser à rien est un effet de leur lâcheté. Elles font beaucoup lorsqu'elles prennent patience et persévèrent en oraison dans l'inaction. Qu'elles visent uniquement à laisser leur âme libre, dégagée, reposée de toute considération et de toute imagination, sans se mettre en peine de refléchir et de méditer. Qu'elles se contentent d'une simple attention à Dieu, amoureuse et paisible, sans anxiété, sans effort, sans désir de sentir et de goûter. Toute préoccupation de ce genre ne fait qu'inquiéter l'âme et la distraire du paisible repos, de la suave oisiveté de la contemplation, que Dieu se prépare à lui accorder.
  Je le répète, quelque scrupule qui survienne, quelque crainte qu'on éprouve de perdre son temps, on ne doit pas s'y arrêter. S'il vient en pensée qu'il vaudrait mieux prendre une autre occupation, puisque dans la prière on est incapable de rien faire et de penser à rien, on doit prendre patience et rester en repos, comme quelqu'un qui n'a rien à faire qu'à vivre sans souci et à se dégager l'esprit. Par le fait, si on voulait de soi-même mettre ses puissances intérieures en mouvement, on ferait obstacle aux trésors que Dieu, par le moyen de cette paix et de cette oisiveté, établit et imprime dans l'âme. Voici un artiste qui est en train de peindre et de parfaire un portrait. Si le visage qu'il reproduit remue et s'agite, il ne peut rien faire et son oeuvre est entravée. De même, lorsqu'une âme se trouve dans la paix et l'oisiveté intérieure, toute opération, toute application, toute attention, quelle qu'elle soit, la distrait, l'inquiète et fait éprouver à la partie sensitive sécheresse et vide. Plus en effet l'âme veut alors prendre appui sur une affection ou une connaissance, plus elle sentira cet appui lui manquer, parce que ce n'est plus par cette voie qu'elle peut l'obtenir.
  Que cette âme ne se mette donc pas en peine de voir ses puissances privées de leurs opérations. Qu'elle s'en réjouisse au contraire, car si elle a soin de ne pas entraver l'oeuvre de contemplation infuse que Dieu opère en elle, elle la recevra avec plus d'abondance et de paix, et donnera lieu à l'esprit d'amour de s'allumer et de s'embraser en elle. C'est en effet cette obscure et secrète contemplation qui le lui apporte et lui fait jeter des flammes.

  La contemplation, en effet, n'est autre chose qu'une infusion secrète, pacifique et amoureuse de Dieu en l'âme ; et cette infusion, lorsqu'elle ne rencontre pas d'obstacle, embrase l'âme de l'esprit d'amour. C'est ce qu'elle donne à entendre dans le vers suivant : D'angoisses d'amour enflammée

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