Dieu seul DIEU Seul - EXTASES

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Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


Autres effets délicieux que cette obscure nuit de contemplation opère dans l'âme

Par ce que nous venons de dire de l'embrasement d'amour, nous pouvons nous faire une idée de quelques-uns des effets délicieux que cette obscure nuit de contemplation opère dans une âme. Parfois, tandis que la volonté demeur sèche - je veux dire sans union actuelle d'amour, - l'âme, au milieu de ses ténèbres, se sent soudain illuminée. Alors la lumière luit dans les ténèbres (Jn 1,5), l'intelligence mystique se répandant dans l'entendement, dans une paix si délicieuse, une simplicité si exquise, qu'on ne peut leur donner de nom ; et ce sentiment de Dieu revêt tantôt une forme, tantôt une autre.

D'autres fois la volonté se trouve également touchée, et l'amour s'allume en elle d'une manière sublime, à la fois très savoureuse et très puissante. Ceci arrive lorsque la purification de l'entendement est déjà très avancée, et a lieu d'une manière d'autant plus parfaite et plus exquise que l'entendement est plus parfaitement purifié. Avant qu'il en soit là, la volonté reçoit plus souvent les touches de l'embrasement, qu'il ne reçoit celle de l'intelligence.
Ici une question se présente. Puisque les deux puissances sont purifiées simultanément, pourquoi au début la volonté éprouve-t-elle plus fréquemment l'embrasement d'amour de la contemplation purifiante, que l'entendement ne perçoit l'intelligence ?
Je réponds que l'amour passif ne touche pas directement la volonté, car la volonté est libre. Cet embrasement est une touche d'amour très véhémente, qui ne détermine pas un acte de la volonté, car un acte de la volonté n'est tel qu'autant qu'il est libre. La chaleur d'amour dont il s'agit, venant à toucher la substance de l'âme, meut les affections passivement. Quand ces sentiments violents affectent la volonté, on dit, tandis que l'âme est sous leur empire, que la volonté en est possédée, et l'on parle exactement, parce qu'alors la volonté n'est plus libre, l'impétuosité du sentiment passionné l'entraînant après elle. Ainsi nous pouvons dire que l'embrasement d'amour a lieu dans la volonté, en ce sens qu'il enflamme l'appétit de la volonté ; mais, répétons-le encore, cette touche véhémente d'amour ne détermine pas chez cette puissance un acte libre. Venons à l'entendement. Sa puissance perceptive ne peut par elle-même recevoir l'intelligence que d'une manière nue et passive, ce qui n'est pas possible tant qu'il n'est pas encore purifié. C'est pour ce motif qu'avant la purification de l'entendement, l'âme éprouve moins souvent la touche d'intelligence que la touche véhémente d'amour. Pour celle-ci, la purification parfaite de la volonté quant aux passions n'est pas aussi nécessaire, par le fait que les passions mêmes concourent à lui faire ressentir l'impression violente de l'amour.
Cet embrasement et cette soif d'amour sont ceux de l'esprit, c'est-à-dire affectent l'esprit (de l'homme) et non plus seulement les sens comme dans la Nuit du sens. Le sens, il est vrai, y a sa part, car il a participé aux souffrances de l'esprit ; mais c'est dans la partie supérieure de l'âme, c'est-à-dire dans l'esprit, que se trouvent la racine et le principe de cette soif amoureuse. La peine dont il s'agit ici est de telle nature et le besoin de ce qui lui manque se fait sentir avec une telle intensité qu'il ne fait aucun cas de la souffrance du sens bien que plus vive, sans comparaison, que dans la première nuit, qui est la nuit sensitive. L'esprit, en effet, ressent l'absence d'un bien immense, et rien n'apporte de soulagement à une pareille douleur.
Il y a ici une remarque à faire. Lorsqu'au début et quand cette nuit spirituelle ne fait que commencer, cet embrasement d'amour ne se sent pas encore, parce que le feu d'amour n'a pas accompli son oeuvre. Il est cependant accordé à cette âme un amour appréciatif si puissant que ce qu'il y a pour elle de plus douloureux dnas les peines de cette nuit, c'est la crainte d'avoir perdu son Dieu et la pensée qu'elle est peut-être abandonnée de lui. Ainsi, il est vrai de dire que dès l'entrée de cette nuit l'âme est en proie aux angoisses de l'amour, de l'amour appréciatif d'abord, de l'amour d'embrasement ensuite.

Que sa plus grande souffrance au milieu de ses tourments soit la crainte dont nous parlons, c'est chose tout évidente, puisque si elle pouvait se persuader que tout n'est pas irrévocablement perdu, que ses peines la conduiront à un état meilleur - ce qui est la vérité - et que Dieu n'est pas irrité contre elle, sur l'heure elle ne ferait plus aucun cas de ses peines, elle s'en réjouirait au contraire dans la pensée que Dieu en sera glorifié. Je dis plus. L'amour appréciatif qu'elle a pour Dieu, si obscur et si insensible qu'il soit, est cependant si intense qu'elle endurerait avec joie bien des fois la mort, uniquement pour lui plaire. Mais quand la flamme, en s'allumant dans l'âme, est venue se joindre à cette estime qu'elle faisait déjà de Dieu, la chaleur d'amour qui lui est communiquée donne aux désirs qui la portent vers lui une véhémence et une intensité incroyables. Remplie d'une hardiesse qui ne connaît aucun obstacle et lui rend tout indifférent, emportée par l'ardeur du désir et l'ivresse de l'amour, elle est prête à réaliser des choses extraordinaires et insolites, sans considérer à quoi elle se porte, pourvu qu'elle rencontre celui qu'aime son âme.

Marie-Madeleine