Dieu seul DIEU Seul - Oeuvres purificatrices de Dieu

Dieu seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


Où l'on explique plus à fond cette purification spirituelle par le moyen d'une comparaison

Pour mettre dans un plus grand jour ce que nous avons dit précédemment et ce qui nous reste encore à dire, nous allons montrer que cette lumière purificatrice, cette amoureuse connaissance divine dont nous parlons, pour purifier l'âme, la disposer et se l'unir parfaitement, procède de la même manière que le feu à l'égard du bois qu'il se prépare à transformer en soi. Le feu matériel, quand il s'attache au bois, commence par le sécher : il en chasse l'humidité et lui fait pleurer l'eau qu'il contient. Il le rend ensuite noir, obscur, désagréable à voir et de mauvaise odeur. Après l'avoir ainsi progressivement séché, il met à nu et chasse dehors tous les accidents obscurs, contraires à la nature du feu. Après quoi il l'échauffe et l'enflamme au-dehors. Enfin il le transforme en soi et lui communique sa propre beauté. Quand les choses en sont là, le bois perd tout ce qui est de sa nature ; si l'on excepte sa quantité et sa pesanteur, qui surpassent celles du feu, il a en soi les propriétés et les opérations du feu, car il est sec et il sèche, il est chaud et il échauffe, il est brillant et il éclaire. Enfin il est beaucoup plus léger qu'auparavant, et c'est le feu qui lui donne ces propriétés, qui opère ces effets.

Il en est de même de ce feu d'amour, de cette divine contemplation, par rapport à notre âme. Avant de s'unir cette âme et de la transformer en soi, le feu divin la purifie de tous les accidents contraires qu'il trouve en elle. Il tire au-dehors ses laideurs, il la rend noire et obscure, en sorte qu'elle paraît pire qu'auparavant et vraiment laide, abominable. En effet, ces humeurs mauvaises que la divine purification chasse au-dehors étaient si bien fixées, enracinées dans l'âme, qu'elle ne les voyait pas, elle ignorait tout le mal qui était en elle. Maintenant, pour le rejeter et le détruire, on le lui met sous les yeux, et elle le voit clairement, éclairée qu'elle est par cette obscure lumière de divine contemplation. En réalité elle n'est pas alors pire qu'elle n'était, ni en elle-même ni aux yeux de Dieu ; mais comme elle découvre en elle ce qu'auparavant elle ne voyait pas, elle se croit devenue telle. Non seulement elle s'estime indigne de paraître devant Dieu, mais elle se regarde comme à juste titre devenue pour lui un objet d'horreur.
La comparaison dont nous venons de nous servir va jeter une vive lumière sur plusieurs points que nous avons à traiter.

En premier lieu, elle nous fait comprendre comment la sagesse amoureuse qui doit s'unir l'âme et la transformer en soi, est la même qui commence d'abord par la purifier et la disposer. De même le feu, qui doit transformer le bois en se l'incorporant, le dispose d'abord à cet effet.

En second lieu, les peines que l'âme endure ne viennent pas de ladite Sagesse, puisque, selon la parole du Sage, tous les biens arrivent avec elle (Sg 7,11). Elles viennent de la faiblesse et de l'imperfection de l'âme, qui empêchent celle-ci de recevoir la divine lumière, avec ses suavités et ses délices, sans une purification préalable. De même le bois ne peut être transformé dès que le feu s'attache à lui, il faut qu'il soit disposé, et pour cela qu'il souffre. L'Ecclésiastique confirme cette vérité, lorsqu'il nous parle des souffrances qu'il a subies avant de s'unir à la Sagesse et d'en jouir. Mes entrailles, ont été troublées tandis que je la cherchais ; mais c'est pour cela même que je suis entré en possession d'un si grand trésor (Si 51,21,29).

En troisième lieu, nous pouvons maintenant nous former une idée des tourments qu'endurent ceux qui sont dans le purgatoire. Le feu, même leur étant appliqué, n'aurait sur eux aucun pouvoir s'ils n'étaient pas entachés d'imperfections. Ces imperfections sont la vraie cause des peines qu'ils souffrent, c'est la matière à laquelle le feu s'attache. Une fois que cette matière a disparu, il n'y a plus rien à consumer. Ici de même, une fois les imperfections détruites, l'âme ne souffre plus, il n'y a plus pour elle que jouissance.

En quatrième lieu, à mesure qu'elle se purifie par le moyen de ce feu d'amour, elle s'enflamme davantage, de même que le bois, à mesure qu'il se dispose, s'échauffe de plus en plus. L'âme, il est vrai, ne sent pas toujours cet embrasement ; elle ne le sent qu'à certains intervalles, lorsque la contemplation ne l'investit pas avec autant de force. L'âme alors est en état de voir le travail qui s'opère en elle et même d'en jouir. On le lui découvre à peu près comme si la main qui opère retirait pour un peu de temps le fer de la fournaise, pour laisser admirer le travail accompli. L'âme à ce moment voit en elle-même le bien qui lui demeurait voilé tandis que l'oeuvre se poursuivait. De même, lorsque la flamme cesse un instant d'envelopper le bois, on peut juger du degré auquel est arrivé l'embrasement.

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