Dieu seul DIEU Seul - Purification de l'esprit

Dieu seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


LA NUIT OBSCURE DE L'ESPRIT

A quel moment elle commence

L'âme que Dieu a dessein de mener plus avant, n'est pas introduite par Sa Majesté dans la nuit de l'esprit immédiatement au sortir des sécheresses et des peines de la première purification ou nuit du sens. Il se passe d'ordinaire bien du temps, des années même, pendant lesquelles l'âme, sortie de l'état des commençants, s'exerce en celui des progressants. Alors, comme une personne qu'on a tirée d'une étroite prison, elle se comporte dans les choses de Dieu avec beaucoup plus de dilatation et de satisfaction, elle y trouve une jouissance intérieure bien plus abondante qu'elle ne faisait avant de passer par cette nuit; son imagination et ses puissances ne sont plus liées à l'acte discursif et au labeur spirituel comme ils l'étaient auparavant. En effet, c'est avec grande facilité qu'elle trouve en son esprit une paisible et amoureuse contemplation, une saveur spirituelle qui n'est point amenée par le pénible travail du discours. Cependant, comme la purification de l'âme n'est pas entière -il y manque le principal qui est la purification de l'esprit- et comme (à cause de la communication qu'il y a entre les deux parties, qui, après tout, ne font qu'un seul composé humain), la purification sensitive, si forte qu'elle ait été, n'est point parfaitement achevée, l'âme ne laisse pas d'éprouver par moments des peines, des sécheresses, des ténèbres et des angoisse, parfois même plus intense que les prédédentes. Ce sont comme des avant-coureurs et des messagers de la future nuit de l'esprit.
  A la vérité, ces peines ne sont pas de durée, comme la nuit qui se prépare. En effet, après un moment ou des moments, et même quelques jours, de nuit et de tempête, on recouvre sa sérénité ordinaire. C'est ainsi que Dieu purifie certaines âmes qui ne doivent pas s'élever à un si haut degré d'amour que les autres. Celles-là, il les place alternativement dans cette nuit de contemplation ou de purification spirituelle et les en retire, faisant se succéder souvent la nuit et le lever du jour, afin d'accomplir ce que dit David : qu'il envoie son cristal, c'est-à-dire sa contemplation, comme par bouchées (Ps 147,17). Cependant ces bouchées d'obscure contemplation n'atteignent jamais l'intensité de cette horrible nuit de contemplation dont nous aurons à parler, et dans laquelle Dieu tient à introduire l'âme en vue de la conduire à la divine union.   Cette saveur et ce goût intérieur, que les progressants trouvent avec facilité au-dedans d'eux-mêmes, se communiquent à eux avec bien plus d'abondance qu'autrefois et avec beaucoup plus d'intensité qu'avant la purification sensitive. Comme le sens est devenu plus pur, il perçoit plus aisément, à sa manière, les goûts de l'esprit. Mais après tout, cette partie sensitive de l'âme est infirme et incapable des fortes opérations spirituelles. De là vient que, chez les personnes dont il s'agit, la communication des grâces spirituelles à la partie sensitive produit en elles de grandes défaillances, des lésions et des faiblesses d'estomac, accompagnées de peines pour l'esprit. Le Sage nous assure que le corps qui se corrompt appesantit l'âme (Sg 9,15). Aussi les communications que reçoivent ces personnes ne peuvent être aussi fortes, aussi intenses, aussi spirituelles que le requiert l'union avec Dieu, et cela par suite de la faiblesse et de la corruption de la sensualité qui y participe.
  De là viennent les ravissements, les transports, les dislocations des os, qui accompagnent toujours les communications qui ne sont pas purement spirituelles, c'est-à-dire qui ne s'adressent pas à l'esprit seulement, ainsi qu'il arrive chez les parfaits, déjà purifiés par la seconde nuit, celle de l'esprit. Ceux-là n'ont plus de ravissements de ce genre, accompagnés de souffrances corporelles ; ils jouissent de la liberté de l'esprit, sans obscurcissement ni bouleversement du sens.

Pour montrer le besoin qu'ont ces personnes d'entrer dans la nuit de l'esprit, nous allons indiquer quelques-unes des imperfections auxquelles sont sujets ceux que nous avons appelés les avancés, et quelques-uns des périls auxquels ils se sont exposés (Voir "Imperfections des avancées").