Dieu seul DIEU Seul - La Nuit Obscure

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Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète

Comment cette sagesse secrète peut être dite une échelle

Il nous reste maintenant à voir comment cette sagesse secrète est une échelle. Nous avons beaucoup de motifs d'appeler cette secrète contemplation une échelle.
En premier lieu, comme l'échelle sert à escalader les forteresses pour dérober les biens et les trésors qu'elles renferment, de même cette secrète contemplation fait monter l'âme, sans qu'elle sache comment, jusqu'au ciel, pour en découvrir et en emporter les trésors et les biens. C'est ce que le progphète royal donne à entendre quand il dit : Bienheurex l'homme, Seigneur, qui reçoit de toi assistance : il a disposé des degrés dans son coeur, dans la vallée des larmes, dans le lieu qu'il a choisi. Car le législateur leur donnera la bénédiction ; ils iront de vertu en vertu, ils verront le Dieu des dieux dans Sion (Ps 83,6-8). Ce qui revient à dire : ils emporteront les trésors de la forteresse de Sion, qui ne sont autres que la béatitude.
En second lieu, de même que les degrés de l'échelle, qui servent à monter, servent aussi à descendre, ainsi, dans cette secrète contemplation, les mêmes communications qui élèvent l'âme jusqu'à Dieu l'abaissent en elle-même. Dans ce chemin, en effet, descendre, c'est monter, et monter c'est descendre, car celui qui s'abaisse sera élevé, et celui qui s'élève sera abaissé (Lc 14,11). De plus, la vertu d'humilité étant infiniment précieuse, Dieu, qui veut y exercer l'âme, la fait monter par cette échelle de la contemplation afin qu'elle s'abaisse, et la fait descendre pour la rendre capable de monter. Ainsi se vérifie cette parole du Sage : Avant que le coeur de l'homme soit abaissé, il est exalté ; et avant qu'il soit glorifié, il est humilié (Pr 18,12). A ne regarder les choses que naturellement et abstraction faite de ce qui surpasse le sens, il n'est que trop facile à une âme qui veut y prendre garde, de constater les hauts et les bas qu'elle souffre dans ce chemin. A peine a-t-elle joui de quelque prospérité spirituelle qu'elle se voit assaillie d'une tempête et d'une tribulation comme si ce bien-être passager n'avait pour but que de la fortifier en vue de la disette qui va suivre ; de même, après la misère et les tourments, voici l'abondance et la joie, en sorte que la fête est, pour ainsi parler, précédée d'une vigile et d'un jeûne.
Tel est le style, tel l'exercice ordinaire de l'état de contemplation. Tant que l'on n'a pas atteint le repos, on ne demeure jamais dans un même état : on ne fait que monter et descendre.

En voici la raison. L'état de perfection, qui n'est autre que le parfait amour de Dieu, accompagné de l'entier mépris de soi, ne peut exister sans ces deux éléments : la connaissance de Dieu et la connaissance de soi. Or, pour atteindre cet état parfait, il faut nécessairement que l'âme soit exercée en ces deux connaissances : il faut qu'en l'élevant, on lui donne à goûter quelque chose de ce qu'est Dieu, et qu'en l'abaissant on lui découvre ce qu'elle est par elle-même. Lorsque les habitudes parfaites sont acquises, ces alternatives de montée et de descente n'ont plus lieu, parce qu'elle est arrivée jusqu'à Dieu, qu'elle s'est unie à celui qui se tient au sommet de l'échelle et qui lui sert de point d'appui. Cette échelle de la contemplation, qui, nous l'avons dit, dérive de Dieu, est figurée par l'échelle mystérieurse que Jacob vit en dormant. Les anges, le long de cette échelle, descendaient de Dieu vers l'homme et montaient de l'homme jusqu'à Dieu, et Dieu s'appuyait sur le sommet de l'échelle (Gn 28,12). Tout cela, nous dit l'Ecriture, se passait durant la nuit et tandis que Jacob dormait, afin de nous faire entendre combien cette voie, cette montée vers Dieu est secrète et se dérobe à la perception de l'homme. Comment en douter quand nous voyons d'ordinaire l'homme estimer désastreux ce qu'elle offre de meilleur, je veux dire la perte et l'anéantissement de soi-même, et regarder comme très avantageux ce qui présente plus de perte que de profit, à savoir le goût et la consolation sensibles ?

Parlons maintenant d'une manière plus substantielle et plus intrinsèque de cette échelle de la contemplation secrète. La principale raison qui lui fait donner le nom d'échelle, c'est qu'elle est une science d'amour, c'est-à-dire une connaissance de Dieu amoureuse et infuse, qui tout à la fois illumine une âme et l'enflamme, pour l'élever de degré en degré jusqu'à Dieu son Créateur. L'amour seul joint et unit l'âme à Dieu.

Pour le démontrer plus clairement, nous indiquerons les degrés de cette divine échelle, en donnant brièvement les marques et les effets de l'amour en chacun d'eux. L'âme pourra ainsi conjecturer en quel degré elle se trouve. C'est par leurs effets que nous les distinguerons, selon la manière de saint Bernard et de saint Thomas. Les connaître en eux-mêmes est chose impossible par voie naturelle, car, encore une fois, cette échelle est si secrète que Dieu seul peut en connaître la mesure et le poids.