Dieu seul DIEU Seul

DIEU Seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

De l'accomplissement
Du détachement
Vie contemplative
Pauvreté en esprit
Des justes
Le juste
Du Fils de Dieu
Livre des consolations
Perfection de l'âme
Union Dieu-âme
Instruction spirituelle

L'homme spirituel

De la noblesse de l'homme intérieur ou spirituel parlent aussi les maîtres païens Tullius et Sénèque : Aucune âme raisonnable n'est sans Dieu, la semence de Dieu est en nous ! Si elle avait pour la soigner quelqu'un de bon et d'intelligent et un cultivateur laborieux elle n'en profiterait que davantage et croîtrait vers Dieu, dont elle est la semence, et le fruit deviendrait pareillement une nature divine. La semence du poirier croît et se développe en un poirier et la semence d'un noyer en un noyer : et la semence de Dieu - en Dieu ! Quand la bonne semence a un jardinier mauvais ou fou, l'ivraie pousse entre temps, recouvre et refoule la bonne semence en sorte qu'elle ne peut se faire jour vers la lumière ni arriver à maturité. Origène, un grand maître, dit pourtant : puisque Dieu a semé lui-même cette semence, l'a pressée et introduite et engendrée en nous, elle peut bien être recouverte et cachée, mais jamais anéantie ni éteinte en soi : elle jette une faible lueur et brille, elle éclaire et brûle et s'efforce sans cesse de s'élever vers Dieu.

Le premier degré de l'homme intérieur ou nouveau - c'est saint Augustin qui parle - est que l'homme vit d'après l'image de gens de bien et saints : il fréquente encore les chaires, se tient aux murs et se rassasie avec le lait.

Le second degré est qu'il ne regarde plus dorénavant les modèles extérieurs, même des gens de bien, mais court et se hâte de lui-même vers la bonne doctrine et vers le conseil de Dieu et de la sagesse divine; il tourne le dos aux hommes et le visage vers Dieu : il se sèvre du lait maternel et rit au Père céleste.

Le troisième degré est quand l'homme se soustrait de plus en plus à l'emprise maternelle et demeure éloigné de son sein : il échappe à la sollicitude et se dépouille de la peur. S'il était aussi en état de faire du mal ou du tort à n'importe qui, il n'en aurait pourtant aucune envie. Car il est tellement lié à Dieu par l'amour de Dieu et se confie en lui avec un tel abandon et un tel sérieux, que Dieu l'a établi et installé dans la joie, dans la béatitude et le ravissement : en sorte que ce qui est hétérogène et étranger à Dieu et de mauvais goût lui devient insupportable.

Le quatrième degré est quand l'homme croît de plus en plus et prend racine dans l'amour, en Dieu, prêt en tout temps à prendre sur lui toute tentation et toute épreuve, contrariété et souffrance, et cela volontairement, volontiers et joyeusement.

Le cinquième degré est quand l'homme par lui-même vit partout dans la paix, se reposant tranquillement dans la plénitude, entretenant un commerce avec l'ineffable Sagesse.

Le sixième degré est quand l'homme est dépouillé et sublimé dans l'éternité de Dieu : quand il est arrivé au sommet de la perfection et a perdu le souvenir de tout passé de la vie temporelle et est élevé et transporté dans la similitude avec Dieu : quand il est devenu un enfant de Dieu.
Au delà, il n'y a pas de degré supérieur; il n'y a que repos éternel et béatitude. Car le but de l'homme intérieur et nouveau est : la vie éternelle.

Maître Eckhart