Dieu seul DIEU Seul - Le Verbe est égal à Dieu

DIEU seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

De l'accomplissement
Du détachement
Vie contemplative
Pauvreté en esprit
Des justes
Le juste
Du Fils de Dieu
Livre des consolations
Perfection de l'âme
Union Dieu-âme
Instruction spirituelle

Des justes (Sagesse, V, 15)

Si donc ma vie est l'essence propre de Dieu, il faut que ce que Dieu est soit mien, et que l'être de Dieu constitue mon être, et pas autrement ! Ils vivent éternellement " en Dieu " - comme semblables à lui ! ni plus ni moins. Ce qu'ils font ils le font en Dieu, et ce que Dieu fait il le fait en eux. Comme le dit saint Jean : " Le verbe était en Dieu " : il lui était pleinement égal et coordonné, pas au-dessous et pas au-dessus, mais égal. Quand Dieu créa l'homme, il fit la femme avec le côté de l'homme afin qu'elle fût égale à lui. Il ne la fit pas avec sa tête ou avec ses pieds, par quoi elle n'aurait été ni homme ni femme, mais de telle façon qu'elle lui fût égale. De même l'âme juste doit aussi être en Dieu et lui être coordonnée, sa compagne de même condition que lui, ni plus ni moins ! Qui sont-ils ceux qui sont ainsi égaux . Ceux qui ne sont égaux à aucune essence, ils sont seulement égaux à Dieu ! Rien n'est égal à l'être divin, en lui il n'y a ni figure ni forme. Les âmes qui sont ainsi égales à lui, le Père leur donne aussi, en tant qu'égales à lui, et ne leur retient rien : quoi qu'il ait à présenter à une telle âme, il lui en donne une part égale. A condition qu'elle ne se tienne pas plus proche d'elle-même que de toute autre : son honneur, son utilité et tout ce qui est à elle, elle ne doit pas plus le rechercher ni l'estimer plus cher que ce qui est à un étranger. Ce qui appartient à une personne quelconque doit lui être antipathique et étranger et lointain, que ce soit bon ou mauvais. Tout amour pour ce monde est édifié sur l'amour-propre, si tu as renoncé à celui-ci, tu as renoncé au monde entier.

Le Père engendre dans l'éternité le Fils, comme son image . " Le Verbe était auprès de Dieu et Dieu était le Verbe " : comme le même que lui et de la même nature. Mais je vais plus loin et je dis : il l'a engendré dans mon âme ! Elle n'est pas seulement auprès de lui et lui auprès d'elle, comme étant semblable à lui, mais il est en elle. Et le Père engendre son Fils dans l'âme exactement comme dans l'éternité et pas autrement. Il faut qu'il le fasse, que cela lui plaise ou non ! Il l'engendre sans interruption. Et je dis en outre : il m'engendre comme son Fils, comme le même Fils ! Oui, il ne m'engendre pas seulement comme son Fils, il m'engendre comme lui, et lui comme moi, il m'engendre comme son essence propre, sa propre nature : dans la source la plus profonde je jaillis dans l'Esprit saint, là il n'y a qu'une vie, une essence, une oeuvre ! - Tout ce que Dieu opère est un, c'est pourquoi il m'engendre comme son Fils, sans qu'une séparation intervienne. Mon père corporel n'est pas à proprement parler mon père, il ne l'est qu'avec une petite partie de sa nature, et je suis séparé de lui : il peut être mort et moi vivre. Mais le Père céleste est bien vraiment mon père : parce que je suis sien et que tout ce que je possède je le tiens de lui, et, en tant que fils, je suis le même que lui, et pas un autre. Comme le Père n'accomplit somme toute qu'une oeuvre, cette oeuvre : m'établir comme son fils, ne produit pas quelque chose de séparé. Saint Paul dit : " Nous serons tous ensemble transformés et métamorphosés en Dieu. " Prenons une comparaison ! Quand, dans le sacrement, le pain est transformé en le corps du Seigneur : quelque nombreux que soient les pains, il n'y aura pas plus d'un corps. Ou supposons que tous ces pains soient transrfomés en mon doigt, il n'en résulterait pourtant rien de plus qu'un doigt. Et si mon doit était retransformé en le pain, il faudrait pourtant que l'un fût tout autant que l'autre ; car, ce qui est transformé en un autre, cela devient un avec lui. De même serai-je transformé en lui en sorte qu'il me pose comme son essence propre, uni à lui et pareil à lui : par le Dieu vivant il est vrai qu'il n'y a plus de différence !

  Sans cesse le Père engendre son Fils. Si le Fils est une fois né, il cesse de prendre au Père - il possède déjà tout ! Ce n'est qu'en étant engendré qu'il reçoit du Père. Il en résulte que nous aussi ne devons pas adresser des prières à Dieu comme à un étranger. Notre-Seigneur a dit à ses disciples : " Je ne vous ai pas traités comme des serviteurs mais comme des amis ! " Qui adresse des supplications à un autre, il est un valet, qui acceuille favorablement la requête est seigneur. Je me demandais récemment si je pouvais bien accepter ou solliciter de Dieu quelque chose. C'est là un point sur lequel je veux conférer sérieusement avec moi-même ! Car en acceptant quelque chose de Dieu je me tiendrais dans une position inférieure vis-à-vis de Dieu - comme un valet qui se tient au-dessous de son maître, par les dons qu'il en reçoit. Il ne doit pas en être ainsi avec nous dans la vie éternelle ! J'ai dit une fois en cet endroit - et c'est encore vrai : là où l'homme va chercher et trouver Dieu du dehors, il n'est pas dans le vrai. On ne doit pas chercher ou se figurer Dieu en dehors de soi, mais le prendre comme il est mon bien propre et en moi ! Nous ne devons pas non plus servir Dieu ni accomplir nos oeuvres pour un pourquoi quelconque : non pas pour Dieu, ni pour l'honneur de Dieu ni pour quoi que ce soit qui serait en dehors de nous, mais seulement pour ce qui est en nous, comme notre être, notre vie propre. Certaines gens simples s'imaginent qu'ils devraient voir Dieu comme s'il se tenait là et eux ici. Cela n'existe pas ! Dieu et moi nous sommes un dans la connaissance. Et de même, si je tire Dieu en moi dans l'amour, ainsi j'entre en Dieu ! Certains enseignent que la béatitude ne repose pas sur la connaissance mais seulement sur la volonté. Ils ont tort. Car si elle reposait seulement sur la volonté, alors il n'y aurait pas qu'une seule chose. Mais il est vrai que l'agir et le devenir sont un : quand le charpentier n'agit pas, la maison ne devient pas non plus ; quand la hache se repose le devenir se repose aussi. Dieu et moi nous sommes un dans une telle priorité de l'agir : il agit et je deviens. Le feu transforme en soi ce qui lui est apporté et devient sa nature. Ce n'est pas le bois qui transforme le feu en soi, mais seulement le feu qui transforme le bois ! Ainsi serons-nous aussi transformés en Dieu, en sorte que nous le connaîtrons comme il est - dit saint Paul. Mais c'est ainsi que sera notre connaissance : je le connaîtrai exactement comme il me connaîtra, ni plus ni moins, mais tout pareillement.

  " Les justes doivent vivre éternellement et leur récompense est en Dieu " - cette égalité avec Dieu dont j'ai parlé. Puissions-nous aimer la justice pour l'amour d'elle-même et de Dieu et sans un pourquoi, qu'à cela Dieu nous aide ! Amen.