Royaume de Dieu Les imperfections de l'âme

Dieu seul DIEU Seul - Imperfections des avancés

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Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


Quelques imperfections auxquelles sont sujets les progressants ou avancés.

Les progressants sont sujets à deux genres d'imperfections : les unes habituelles, les autres actuelles.
  Les imperfections habituelles sont des affections et des habitus imparfaits, qui en tant que racines sont demeurés dans la partie spirituelle de l'âme, là où la purification du sens ne peut atteindre. Il y a autant de différence entre la purification de ces imperfecions habituelles et celle des imperfections actuelles qu'entre la racine et les branches, qu'entre une tache récente et une tache invétérée et de longue date. Comme nous l'avons dit, la purification du sens n'est qu'une entrée, un commencement de contemplation, qui prépare la purification de l'esprit ; son effet propre est d'adapter le sens à l'esprit, plutôt que d'unir l'esprit à Dieu. A l'insu du progressant et sans qu'il les discerne, les taches du vieil homme subsistent encore dans la partie spirituelle, et si elles ne sont enlevées par la forte lessive de la seconde purification, l'esprit restera toujours incapable de parvenir à la pureté de l'union divine.
  Les progressants sont, outre cela, sujets à ce que l'on nomme hebetudo mentis, c'est-à-dire à la grossièreté naturelle que l'homme contracte par le péché, à la divagation de l'esprit dans les choses extérieures, défauts qui ne disparaîtront que lorsque l'esprit aura été purifié, rasséréné, recueilli au-dedans par les souffrances et les angoisses de la nuit dont nous parlons. Ces imperfections habituelles sont le partage de tous ceux qui n'ont pas encore dépassé l'état de ceux qui progressent, mais elles sont incompatibles avec l'état parfait de l'union d'amour.
  Quant aux imperfections actuelles, tous ceux qui progressent n'y tombent pas, et ceux qui y tombent n'y tombent pas tous de la même manière. Il en est qui, parce que les biens spirituels sont chez eux très à l'extérieur, et à portée de la main pour ainsi dire, tombent dans des inconvénients et des périls pires que ceux dont nous avons parlé comme étant propres aux commençants. Etant donné qu'ici on leur verse comme à pleines mains dans le sens et dans l'esprit communications et connaissances spirituelles, et qu'ils sont souvent gratifiés de visions imaginaires ou autres, jointes à d'autres sentiments savoureux, le démon et la fantaisie ont beau jeu de les faire tomber dans une foule d'erreurs. L'ennemi gravant en eux ces connaissances et sentiments avec abondance de goût sensible, ils ne savent pas renoncer à tout cela et s'en défendre vigoureusement au moyen de la foi, en sorte qu'ils sont très facilement séduits et trompés. Il en est beaucoup auxquels le démon suggère ici des visions fausses et des prophéties erronées, qu'il leur fait admettre comme véritables. Il les persuade que Dieu et les saints leur parlent, et ce n'est qu'imagination. Le démon les remplit en même temps de présomption et de superbe. Sous l'empire de la vanité et de l'arrogance, ces personnes étaient à l'extérieur des apparences de sainteté, des ravissements et autres dehors trompeurs. Elles traitent avec Dieu témérairement et perdent cette sainte crainte qui est la clef et la sauvegarde de toutes les vertus. Chez quelques-uns, les faussetés et les tromperies se multiplient si bien et s'enfoncent si profondément qu'il est douteux qu'ils puissent jamais rentrer dans le droit chemin de la vertu et retrouver la vraie spiritualité.
  S'ils donnent dans toutes ces misères, c'est qu'ils se sont livrés avec trop de sécurité aux connaissances et aux sentiments spirituels, alors qu'ils entraient dans la voie de leur progrès.
  Il y aurait tant à dire des imperfections des personnes de cette classe, imperfections plus graves que les précédentes parce qu'elles portent sur des choses plus spirituelles, que je préfère m'en taire. Pour montrer la nécessité de la nuit spirituelle ou de la purification pour celles qui doivent passer plus avant, je me bornerai à dire que nul en voie de progrès n'est exempt de quantité d'affections naturelles et d'habitus imparfaits, dont il faut nécessairement qu'il soit purifié pour avoir entrée à l'union divine.
  Outre cela, comme la partie inférieure a encore beaucoup de part aux communications spirituelles, celles-ci ne peuvent être aussi intenses et aussi pures que le requiert cette union. Il faut donc que l'âme soit introduite dans la seconde nuit, qui est celle de l'esprit. Là le sens et l'esprit seront dépouillés comme il convient de toutes ces connaissances et de toutes ces saveurs. L'âme en conséquence marchera dans la foi pure et ténébreuse, qui est le moyen propre et adéquat de son union avec Dieu, ainsi que lui-même nous l'assure par la bouche d'Osée : Je t'épouserai dans la foi, dit-il (Os 2,20).

    Ceux qui sont en progrès ont eu cependant un certain temps leur sens nourri de douces communications avec Dieu, afin que la partie sensitive ainsi gagnée par le goût spirituel qui découle de l'esprit jusqu'à elle, s'adapte à la partie spirituelle de manière à ne faire plus qu'un avec elle. Chacune alors se nourrit à sa manière d'un même aliment spirituel ; elles mangent, pour parler ainsi, au même plat, pour que toutes deux, convenablement jointes et conformes entre elles, soient en état de subir l'âpre et douloureuse purification qui les attend, et qui purifiera parfaitement l'une et l'autre. Aussi bien ces deux parties de l'âme, la spirituelle et la sensitive, ne se purifient jamais bien l'une sans l'autre, car la vraie purification du sens ne s'opère qu'au moment où celle de l'esprit commence. La nuit du sens peut et doit plutôt s'appeler une certaine réforme et un certain refrénement de l'appétit, qu'une véritable purification. La raison en est que toutes les imperfections et tous les désordres de la partie sensitive ont leur racine dans la partie spirituelle et tirent de là toute leur vigueur, parce que c'est dans cette partie que se forment les bonnes et les mauvaises habitudes. Ainsi, tant que ces racines ne seront pas détruites, les rébellions et les mouvements pervers de la partie sensitive ne seront jamais entièrement retranchés.


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