Dieu seul DIEU Seul - Contemplation secrète

Dieu seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


Explication du second vers. Comment cette obscure contemplation est secrète
Déguisée, l'échelle secrète

Nous avons à expliquer ici trois propriétés de notre obscure contemplation, indiquées par trois expressions qu'offre le vers dont il s'agit. Les qualifications d'"échelle" et d"échelle secrète" regardent directement la nuit de contemplation. Celle de "déguisée" regarde la manière dont l'âme se comporte au sein de cette nuit.
En premier lieu, elle appelle ici l'obscure contemplation par où elle s'avance vers l'union d'amour, une "échelle secrète", à cause de deux propriétés qui lui sont propres. Elle est secrète, et c'est une échelle. Expliquons successivement ces deux propriétés.
D'abord elle appelle secrète cette contemplation ténébreuse, parce que ce n'est pas autre chose que cette théologie mystique que les théologiens nomment sagesse secrète, et dont saint Thomas nous dit qu'elle se verse et se communique à l'âme par le moyen de l'amour : communication qui a lieu en secret et à l'insu de l'opération naturelle de l'entendement et des autres puissances. C'est précisément parce que l'Esprit Saint l'infuse dans l'âme en dehors de la perception des puissances, qu'on la nomme secrète. L'épouse des Cantiques prend soin de nous dire que cette opération a eu lieu en elle sans qu'elle le connût et s'en aperçût (Ct 2,4). Et non seulement elle-même l'ignore, mais nul n'en a connaisance, pas même le démon. C'est que le Maître qui instruit cette âme est substantiellement présent en elle, là où ne peuvent pénétrer ni le démon, ni le sens naturel, ni l'entendement.

Cette contemplation ténébreuse est encore appelée secrète à cause de ses effets. Non seulement elle est secrète au temps de la purification, par suite des ténèbres et des angoisses qu'elle produit et qui rendent l'âme incapable d'en rien dire, mais elle l'est encore au temps de l'illumination, alors que cette sagesse cachée se communique plus clairement, et elle l'est à tel point que l'âme ne peut ni la discerner ni lui donner un nom. Outre qu'elle n'a nulle envie de l'exprimer, elle ne dispose d'aucun moyen pour le faire, parce qu'il n'y a pas de comparaison adéquate pour représenter une connaissance si sublime, un sentiment spirituel si exquis. Elle aurait donc beau désirer d'en faire comprendre la nature, toujours cette contemplation resterait secrète et inexprimable.
C'est que cette sagesse intérieure est simple, générale et spirituelle, elle n'entre pas dans l'entendement sous le voile de quelque espèce ou image dépendante du sens. Le sens et la faculté imaginative, qui n'ont perçu ni sa livrée, ni sa couleur, restent impuissants à en rendre compte ; ne pouvant pas même l'imaginer, ils sont par conséquent hors d'état d'en rien dire. Et cependant, l'âme sait parfaitement qu'elle perçoit et qu'elle goûte cette savoureuse et inexprimable sagesse. Supposez quelqu'un qui découvre une chose qu'il n'a jamais vue et qui ne connaît rien qui y ressemble. Il a beau la percevoir et la goûter, il est incapable, en dépit de tous ses efforts, de lui donner un nom et de dire ce que c'est. Et pourtant il s'agit de ce que les sens ont perçu. Bien moins encore, évidemment, pourra-t-il manifester ce qui n'est pas entré en lui par leur moyen. C'est en effet le propre du langage de Dieu, langage si spirituel et si intime à l'âme, d'excéder tout ce qui est sensible, d'arrêter et de réduire au silence tout l'ensemble des sens extérieurs et intérieurs. Nous avons des exemples de ceci dans plusieurs endroits des divines Ecritures. Jérémie nous donne un exemple de l'impuissance à s'exprimer extérieurement, lorsque, ayant reçu la parole de Dieu, il ne peut que balbutier : A, a, a (Jr 1,6). Quant à l'impuissance extérieure, Moïse la fit paraître en la présence de Dieu dans la vision du buisson. Non seulement il dit ensuite à Dieu que depuis qu'il était favorisé d'entretiens avec lui, il avait moins qu'à l'ordinaire la faculté de s'exprimer (Ex 4,10), mais lors de la manifestation divine, ainsi qu'il est marqué aux Actes des Apôtres, il n'osait même pas se servir de la faculté imaginative pour réfléchir intérieurement (Ac 7,32). Cette faculté se trouvait alors chez lui liée et comme muette. Ce qui revient à dire que non seulement elle était impuissante à exprimer rien de ce que Moïse avait compris de Dieu, mais encore qu'elle manquait de la capacité voulue pour en recevoir une compréhension quelconque. Ainsi la sagesse, qui est la source de cette contemplation secrète, étant un langage de Dieu à l'âme, de pur esprit à esprit pur, ce qui est inférieur à l'esprit est incapable de le percevoir. Il reste un secret pour les sens, qui n'en peuvent rien dire, et qui ne sauraient avoir envie d'exprimer ce qui leur reste étranger.

Ceci nous explique pourquoi certaines personnes, âmes bonnes et craintives, que Dieu conduit par cette voie, voudraient rendre compte de ce qu'elles ressentent à ceux qui les dirigent et se trouvent hors d'état de le faire. De là l'extrême répugnance qu'elles éprouvent à en parler, surtout lorsque la contemplation dont Dieu les favorise est si simple que l'âme elle-même a peine à la discerner. Tout ce que ces personnes peuvent dire, c'est que leur âme est contente et en paix, qu'elles sentent l'action de Dieu et qu'il leur semble aller bien. Mais exprimer ce que leur âme éprouve, elles ne le peuvent que par des termes généraux, analogues à ceux dont je viens de me servir. Il en va tout autrement quand l'âme reçoit quelque chose de particulier, quand il s'agit par exemple de visions, de sentiments spirituels, etc. Comme d'ordinaire ces grâces sont reçues sous une forme ou espèce à laquelle le sens participe, on peut parler de cette forme ou employer quelsque autre comparaison. Mais ce dont on peut ainsi dore quelque chose n'est pas contemplation pure, car, redisons-le encore, la pure contemplation est inexprimable, et c'est pour cette raison qu'elle est appelée secrète.

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