Dieu seul DIEU Seul - LA NUIT OBSCURE Saint Jean de la Croix

Dieu seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète


Les âmes pénètrent dans cette nuit obscure quand Dieu les tire de l'état des commençants, c'est-à-dire de ceux qui pratiquent la méditation, pour les placer dans l'état de ceux qui progressent, c'est-à-dire des contemplatifs, et par cette voie leur faire atteindre l'état des parfaits ou l'union de l'âme avec Dieu.

Quelques-unes des nombreuses imperfections dans lesquelles
les débutants tombent par rapport aux sept péchés capitaux

Les pratiques saintes portent à l'humilité, et cependant, comme nos débutants se sentent pleins de ferveur et de zèle pour les choses spirituelles et les exercices religieux, il advient, par un effet de leur imperfection, qu'un rejeton d'orgueil se fait secrètement jour dans leur coeur. Vous les verrez très satisfaits d'eux-mêmes et de leurs oeuvres : ils éprouvent un désir plein de vanité de parler devant d'autres des choses spirituelles, un penchant à enseigner plutôt qu'à s'instruire, à condamner intérieurement ceux qu'ils ne voient pas pratiquer le genre de dévotion qu'ils apprécient.
Souvent le démon, en vue de faire grandir en eux l'orgueil et la présomption, accroît leur ardeur pour telle ou telle oeuvre extérieure, car il sait très bien que les bonnes oeuvres et les pratiques de vertu accomplies dans ces conditions n'ont aucune valeur et sont même mauvaises.
Leurs maîtres spirituels viennent-ils à désapprouver leur esprit et leur conduite, ces débutants, qui entendent qu'on estime et qu'on loue leur spiritualité, déclarent que leurs confesseurs -ou leurs supérieurs- ne les comprennent pas et qu'ils ne sont pas spirituels, puisqu'ils ne les approuvent ni ne les favorisent. Là-dessus ils se mettent en quête d'autres maîtres plus à leur goût, car c'est la pente de l'esprit humain de communiquer volontiers avec les personnes qu'on voit disposées à vous louer et à canoniser vos voies. Ceux-ci fuient comme la mort les maîtres qui, pour les mettre dans un chemin sûr, visent à les rabaisser, et ils les prennent quelquefois en véritable aversion. Leur présomption fait qu'ils se proposent d'ordinaire de grandes choses, mais ils n'en réalisent qu'une très faible partie. Ils s'efforcent de captiver l'attention et la préférence des confesseurs, d'où naissent des jalousies et des inquétudes sans fin. Parfois ils vont trouver un confesseur étranger pour s'accuser à lui de ce qui les humilie : ainsi leur confesseur ordinaire ne verra en eux que vertu...
Tantôt ils se soucient peu des fautes dans lesquelles ils tombent, tantôt ils s'attristent outre mesure de se voir encore sujets à des défauts ; car, dans leur pensée, ils devraient déjà être des saints... Ils détestent donner des louanges aux autres et aiment extrêmement qu'on les loue. De ces imperfections, il en est qui passent à d'autres, bien plus graves. Elles ont des degrés divers.
    Ceux qui, en ce même temps, s'attachent à la perfection véritable procèdent d'une tout autre manière et sont dans une disposition d'esprit bien différente. Comme ils sont très humbles, ils ne font aucune estime de leurs propres voies. Dans la sérénité de leur humilité, ils ont grande envie qu'on leur donne un enseignement dont ils puissent profiter, bien différents de ceux dont nous avons parlé, qui voudraient en remontrer à tout le monde et qui, au moment où vous vous disposez à leur enseigner quelque chose, vous coupent la parole comme sachant déjà parfaitement ce dont il s'agit.

Imperfections relatives à l'avarice spirituelle.
On en voit un grand nombre insatiables de direction, de livres qui traitent de spiritualité : à quoi les commençants donnent plus d'importance qu'à la mortification et à la pauvreté d'esprit. Ils se plaisent à se charger d'images, de chapelets, de croix, de reliques, d'agnus dei, etc, qu'ils veulent d'un beau travail et de prix...
    Ce que je blâme en cela, c'est l'attache du coeur, l'importance donnée à la façon ou au nombre et à la beauté des objets, chose très contraire à la pauvreté d'esprit. La pauvreté d'esprit ne considère que l'essentiel de la dévotion ; elle use de ce qui la favorise, mais n'a que du dégoût pour la multiplicité et la recherche. C'est que la vrai dévotion vient du coeur ; elle se préoccupe de la réalité substantielle que représentent ces objets pieux. Tout le reste n'est qu'attache, propriété imparfaite, qu'il faut nécessairement retrancher pour arriver à l'état de perfection.
Ceux qui, dès le début, s'engagent ainsi dans la bonne voie ne s'attachent guère aux instruments visibles de la prière, et ne se chargent pas d'un grand nombre d'objets. Ils ne se soucient pas non plus de savoir plus qu'il ne leur en faut pour bien agir. Leur unique préoccupation est de se mettre bien avec Dieu et de lui plaire. C'est là que tendent tous leurs désirs. Aussi donnent-ils avec libéralité ce qu'ils ont ; leur joie est de savoir s'en priver pour Dieu et leur prochain, qu'il s'agisse de biens spirituels ou de biens temporels. Je le répète, ils ne s'attachent qu'à la vraie perfection intérieure, qui consiste à plaire à Dieu, non à se satisfaire soi-même.
    Des imperfections qui naissent de l'avarice spirituelle, comme de toutes les autres, l'âme ne peut se purifier entièrement si Dieu ne l'introduit dans la purification passive de "la nuit obscure". Cependant elle doit faire ce qui dépend d'elle pour se purifier et se perfectionner, en vue d'obtenir de Dieu qu'il lui fasse subir ce divin traitement, qui guérit l'âme des maux dont elle est impuissante à se défaire elle-même. En effet, elle a beau faire effort, elle est incapable, par sa seule activité, de se purifier de manière à obtenir la moindre disposition proportionnée à l'union d'amour parfait. Il faut que Dieu la prenne, pour ainsi dire, par la main et la purifie lui-même dans ce feu obscur...

Imperfections relatives à l'impureté spirituelle.
L'affection a-t-elle pour principe une passion sensuelle, elle produit des effets tout opposés : à mesure que l'affection sensuelle prend des accroissements, l'amour de Dieu diminue, ainsi que le souvenir de Dieu. Que dans ce cas cet amour de Dieu se refroidisse et tombe dans l'oubli, c'est chose bien facile à constater, et en même temps la conscience se plaint. Au contraire, quand l'amour de Dieu grandit dans une âme, les affections humaines se refroidissent et se perdent de vue. Ces deux amours étant opposés, il n'y a entre eux ni accord ni assistance réciproque. Celui qui prédomine éteint et anéantit l'autre : c'est ce que nous disent les philosophes. Jésus-Christ lui-même n'a-t-il pas déclaré : "Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit (Jn 3,6) ? En d'autres termes, l'amour né de la sensualité se termine à la sensualité, tandis que l'amour né de l'esprit se termine à l'esprit et fait croître la grâce.

    La colère. Se trouvent-ils privés du plaisir qu'ils goûtaient dans les choses spirituelles, vous les verrez tomber dans le mécontentement. Ils s'irritent, par un zèle désordonné, contre les mauvais penchants d'autrui. Ils observent leur prochain et parfois se sentent portés à le reprendre aigrement. Il leur arrive même de le faire, s'établissant ainsi juges de la vertu. Tout cela est contraire à la douceur spirituelle.
D'autres encore, se voyant imparfaits, s'irritent avec orgueil contre eux-mêmes. Leur impatience est si grande qu'ils voudraient se voir saints en un jour.
Parmi ceux-là, il en est un bon nombre qui ont de grands projets de sainteté, qui font des plans magnifiques ; mais comme l'humilité leur manque et qu'ils présument d'eux-mêmes, ils font des chutes d'autant plus graves qu'ils se sont proposé de monter plus haut : sur quoi, leur irritation croît de plus belle. Ces gens-là n'ont pas la patience d'attendre l'heure de Dieu, qui leur donnera la vertu quand il le trouvera bon, et cela est également opposé à la mansuétude spirituelle. La purification de la "nuit obscure" remédie à toutes ces imperfections.
Par contre, il en est qui sont si peu impatients d'avancer, si lents à faire des progrès, que Dieu verrait volontiers en eux un peu plus d'ardeur.

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