Dieu seul DIEU Seul

DIEU Seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

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Du Royaume de Dieu
Le Verbe était en Dieu
Le Verbe était Dieu

DU ROYAUME DE DIEU
Maître Eckhart

Cherchez en premier lieu le royaume de Dieu et sa justice,
et toutes choses vous seront données ! (Matthieu, VI, 33)

Quand Jésus-Christ nous ordonne de chercher le royaume de Dieu il nous importe de comprendre ce qu'il en est de ce royaume. Le royaume de Dieu est : lui-même dans sa pleine réalité ! Mais en second lieu nous saisissons ce royaume dans l'âme ! C'est pourquoi le Christ dit également : le royaume de Dieu est en vous.

Tournez-vous donc maintenant vers ce premier royaume ! Les maîtres ès sciences divines affirment que la caractéristique de ce royaume de Dieu est : une Unité d'être essentielle dans une Trinité de Personnes. La question est de savoir dans laquelle se trouve à proprement parler le lieu de béatitude de Dieu ? Nous y répondons en disant : la béatitude de Dieu est de son point de vue toujours la même, mais pour une compréhension par en dessous Dieu est infiniment plus heureux dans l'unité de l'essence que dans la Trinité des Personnes. Comme nous allons le prouver. - En commençant par la déduction des Personnes divines.

AU COMMENCEMENT ETAIT LE VERBE, débute saint Jean. Ce commencement, ou cette origine, du Verbe est Dieu le Père comme l'expose déjà Augustin. La question se pose : si peut-être le Père n'aurait pas aussi un commencement. Et nous répondons : oui ! Seul son commencement est quelque chose d'originel et qui ne peut être déduit. Ainsi que je vais le prouver.
Dans la divinité, disent les maîtres ès choses divines, il y a lieu de distinguer entre l'essence et sa réalisation. Essence - dans le domaine du divin - signifie la divinité au sens strict et est la première chose que nous saisissons en Dieu. La divinité donne le fondement pour l'achèvement divin ultérieur. Conformément à cela elle est : unité immuable en soi-même et paix inaltérable; et pourtant en même temps une source de toute particularité. C'est pourquoi je pose un - nécessaire - jaillissement; et nous appelons cette première manifestation : essence. Car l'expression la plus appropriée pour la divinité, et la première détermination qui se laisse formuler, est : elle est essentiellement. Cet être essentiel étant pris dans son sens pur, dans lequel "Dieu" est bien quelque chose qui est essentiellement, mais non pas inversement l'essence déjà "Dieu".

Comment on doit, ensuite, concevoir la surgie du Père ? Eh bien! en posant ce jaillissement nécessaire il est déjà posé en même temps, en tant que la détermination la plus proche : c'est parce que la divinité est originairement raison que l'essence divine sort de la divinité en tant que conceptuellement autre (un Autre qui n'est pourtant pas un autre, car cette détermination particulière est purement conceptuelle, non pas réelle). Question : laquelle de ces déterminations se change en la personne du Père ? Nous répondons : l'essence dans la divinité ; seulement elle n'est plus maintenant dans son indétermination antérieure, mais sous le concept de la génération. C'est une détermination ultérieure qui fait alors sortir le Père, en tant que personne divine. Mais dans le Père est déjà renfermé le tout de la divinité. De cette façon la première personne prend, involontairement en quelque sorte, son origine de la divinité : non au moyen d'une activité de la source. Car celle-ci n'est pas encore maîtresse d'elle-même.
Quand, donc, saint Jean dit : "Au commencement était le Verbe" ceci ne doit pas être compris comme si ce commencement était la Divinité ou l'essence divine, mais le Père seulement est une origine active du Fils.

Examinons maintenant comment le Fils est déjà contenu aussi dans le Père ! En regardant en soi le Père saisit comme étant ce qui est actif en lui sa divine nature encore retenue, mais se pressant vers le dehors. Par là l'être-pour-soi s'approche de l'essence en tant que puissance génératrice, de la nature. Or, la même nature qui dans le "Père" se comporte de façon active, se comporte dans le "Fils" de façon passive et se divise par là en deux essences particulières. Par là le Fils reçoit du Père la pleine divinité. Car on ne connaît ce qui s'appelle la génération du périssable par le périssable, du divin par le divin, que quand on saisit l'unité de la nature derrière l'être particulier des Personnes.

Par quoi l'essence sans forme a donc acquis une forme. Et les saints et les maîtres enseignent que de même que les Personnes prennent leur origine dans l'essence divine, de même l'essence n'est aussi posée que par les Personnes. Et les Personnes à leur tour par les particularisations correspondantes de l'essence : de même que la détermination particulière "génération" pose expressément un Père, de même la détermination particulière "filiation" pose expressément le Fils. "Génération" et "filiation" sont les dernières déterminations qu'il y ait encore dans l'essence divine : elles sont en celle-ci des propriétés supplémentaires et non autonomes.

Et le Verbe était en Dieu