Dieu seul DIEU Seul - Du Sacrement

Dieu seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

Instruction spirituelle
De la volonté
De l'abnégation
Etre avec Dieu
Oeuvre et être
La retraite spirituelle
De la vigilance
Bénédiction du péché
Du repentir
De la Vie éternelle
La vrai pénitence
Du sacrement
Chercher Dieu
Recherche spirituelle
Du désistement de soi
Absence de besoins


Qui voudrait bien recevoir le corps du Seigneur, il n'a pas besoin d'attendre jusqu'à ce qu'il sente en lui je ne sais quelle grande intériorité ou dévotion ! Mais il doit seulement se rendre compte de l'état de sa volonté et de ses dispositions intimes. Tu ne dois pas faire grand cas des sentiments que tu as : tiens pour grand ce que tu te proposes de recevoir !
  Qui veut délibérément se rapprocher de Notre-Seigneur, il a besoin pour cela en premier lieu de se trouver libre dans sa conscience de tout péché. En deuxième lieu il faut que sa volonté soit tournée vers Dieu, qu'il n'ait envie que de Dieu et du divin et que lui déplaise ce qui est incompatible avec Dieu. Par quoi il peut d'ailleurs facilement vérifier dans quelle mesure il est loin ou près de Dieu : dans la mesure même où il est arrivé [à le désirer] ! Et la troisième exigence : que l'appréciation du Sacrement et l'amour de Notre-Seigneur croisse toujours en délectation et que le respect profond pour le Sacrement ne diminue pas en s'en approchant plus souvent. Car parfois ce qui est la vie pour l'un est la mort de l'autre. Examine-toi donc, vois si ton amour envers Dieu croît réellement et si ton respect ne s'oblitère pas : plus souvent, alors, tu t'approches du Sacrement, mieux cela vaut et plus cela t'est profitable. Et alors ne te laisse priver de ton Dieu par aucun discours et par aucun sermon. Plus et mieux tu le recevras et plus tu lui seras cher. Car Notre-Seigneur demande lui-même à habiter en nous et chez nous.

Maintenant tu pourrais dire : " Hélas, Seigneur, je me sens si vide et froid et paresseux que je ne me sens pas le courage d'aller à Notre-Seigneur ! "
  Je dis : d'autant plus pressant est le besoin que tu en as ! Car en lui tu es sanctifié et rattaché et uni à lui seul. Car telle est la grâce que tu trouves à proprement parler dans le Sacrement comme nulle part ailleurs : que les puissances de ton corps sont là unies et rassemblées par la force sublime de la présence sensible du corps de Notre-Seigneur, en sorte que tous tes sens dispersés sont ici rassemblés et unifiés, et ceux qui séparément n'étaient que trop profondément en baisse, sont ici redressés et, comme il se doit, offerts à Dieu. Et ils s'habituent, sous la main bienfaisante de Dieu, à se tourner vers l'intérieur et ils se libèrent des obstacles corporels causés par les choses terrestres. Et ils soupirent ardemment après les choses divines et sont fortifiés et renouvelés par son corps. Car nous devons être transformés en lui et unifiés tous ensemble : en sorte que le sien devienne le nôtre et que tout ce qui est nôtre devienne le sien : notre coeur et son coeur un seul coeur, et notre corps et son corps un seul corps. A tel point que tous nos sens, et aussi notre volonté et notre entendement, toutes nos puissances et tous nos membres doivent lui être incorporés, en sorte que nous le sentions en nous et devenions conscients de lui dans toutes les puissances du corps et de l'âme.

  Maintenant tu pourrais dire : " Hélas, Seigneur, de telles grandes choses je ne perçois rien en moi, mais de la misère seulement : comment pourrais-je donc aller à lui ? "
  Par ma foi ! si tu veux transformer ta misère, va au trésor intact de toute richesse infinie : ainsi tu deviendras riche. Car tu dois avoir en toi cette certitude que lui seul est le trésor capable de te satisfaire et de te remplir. - C'est pourquoi je veux aller à toi afin que ta richesse afflue dans ma pauvreté, et que toute ton infinité remplisse mon vide, que ton inconcevable divinité sans bornes remplisse mon humanité si méprisable, hélas, et si corrompue !
" Hélas, Seignueur, j'ai trop péché, je ne pourrai jamais l'expier ! "
  Alors va à lui, il a surabondamment expié, il a expié toute faute ! En lui tu peux offrir au Père céleste le sacrifice que mérite toute ta culpabilité.
  " Hélas, Seigneur, combien volontiers je voudrais lui adresser mes hommages : je ne le puis pourtant pas ! "
  Va à lui, il est déjà, seul, un gracieux salut de bienvenue du Père, qui incarna la louange parfaite infinie de toute bonté divine ! Bref : si tu veux d'un coup te faire enlever toutes tes infirmités et être revêtu en échange de mérites et de grâce et être conduit avec délices dans l'origine et raccompagné chez toi : comporte-toi donc de telle façon à être en état de recevoir dignement et souvent le Sacrement. Ainsi tu lui seras uni et ennobli par son corps. Oui, dans le corps du Seigneur l'âme est introduite tellement près de Dieu qu'aucun ange, fût-il chérubin ou séraphin, ne sait plus ni ne peut trouver de différence entre eux deux. Car là où ils touchent Dieu ils touchent l'âme, et là où ils touchent l'âme ils touchent Dieu. Il n'y a jamais eu une union aussi proche ! Car l'âme est unie à Dieu beaucoup plus étroitement que le corps et l'âme qui font un seul homme. Cette union est beaucoup plus intime que si l'on versait une goutte d'eau dans un fût plein de vin : ce serait de l'eau et du vin, et pourtant les deux sont transformés en un, en sorte qu'aucune créature ne serait en état de trouver la différence !

De l'eucharistie