Dieu seul DIEU Seul - Avantages de la purification divine

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Saint Jean de Croix

La vive Flamme d'Amour
Oeuvres mystiques
Sept péchés capitaux
Purification du sens
Se confier à Dieu
Avantages pour l'âme
Purification de l'esprit
Imperfections des avancés
Contemplation obscure
Tourments spirituels
Peines et angoisses
Illumination de l'esprit
Explication
D'amour de Dieu
Purgatoire
Effets délicieux
La bienheureuse fortune
Contemplation secrète
L'Echelle secrète

Avantages que la nuit du sens procure à l'âme

Cette nuit ou cette purification de l'appétit est singulièrement heureuse pour une âme, en raison des biens et des avantages très considérables qu'elle lui apporte, en paraissant tout lui ravir. Abraham fit une grande réjouissance lorsqu'il sevra son fils Isaac (Gn 21,8). Ainsi en est-il dans le ciel, quand Dieu tire une âme des langes de l'enfance et la fait descendre de ses bras pour qu'elle marche sur le sol, quand il lui retire le sein et le suave aliment des enfants, pour lui présenter du pain garni de croûte et la nourrir de l'aliment des forts. Ce pain, c'est celui qu'au milieu des sécheresses et des ténèbres du sens il commence à donner à l'esprit vide des saveurs sensibles, je veux dire la contemplation infuse dont nous avons parlé.

C'est le premier et le principal avantage que l'âme obtient ici et celui d'où dérivent presque tous les autres. De ceux-ci le premier est la connaissance de soi et de sa misère. Toutes les grâces que Dieu fait à une âme sont comme imprégnées de cette connaissance ; mais ces sécheresses, ce vide des puissances, comparés à l'abondance dont elle jouissait auparavant, la difficulté qu'elle sent à tout exercice vertueux, sont par eux-mêmes éminemment propres à lui découvrir sa bassesse et sa misère, qui dans le temps de sa prospérité lui demeuraient voilées.
Nous avons de ceci un exemple frappant dans l'exode. Dieu, voulant humilier les enfants d'Israël et les amener à se connaître, leur commanda de se dépouiller des vêtements et des parures de fête qu'ils portaient dans le désert. Déposez maintenant vos vêtements et prenez des habits de travail, afin que vous connaissiez le traitement qui vous est dû (Ex 33,5), leur dit-il. Comme s'il avait dit : Les vêtements de fête et d'allégresse que vous portez vous empêchent d'avoir de vous-mêmes des pensées en rapport avec votre bassesse ; quittez ces ajustements, afin que désormais, vous voyant couverts de vils habits, vous sachiez ce que vous êtes et ce que vous méritez.
L'âme de même connaît à présent sa misère, qu'elle avait ignorée jusqu'ici. Au temps où elle était en fête, où elle trouvait en Dieu goût, consolation et soutien, elle était contente et satisfaite, il lui semblait rendre à Dieu quelque service. A la vérité, les personnes dont il s'agit ne se tiennent pas à elles-mêmes expressément ce langage, et cependant la jouissance que leur procurent les goûts spirituels imprime en elles quelque chose de ces sentiments. Une fois revêtue d'une livrée de travail, de sécheresse et de délaissement, voyant ses belles lumières obscurcies, l'âme acquiert cette excellente et si nécessaire vertu qui s'appelle la connaissance de soi. Alors, par le fait qu'elle touche du doigt sa complète impuissance, elle perd l'estime et la bonne opinion qu'elle avait d'elle-même.
Cette mésestime d'elle-même, cette peine de ne pas servir Dieu comme elle le voudrait, voilà ce qui lui plaît à Dieu au-dessus de toutes les oeuvres et de tous les goûts spirituels qui ont précédé, si excellents fussent-ils. Ces goûts étaient pour elle l'occasion d'imperfections et d'ignorances nombreuses. Au contraire, ces livrées de sécheresse donnent naissance pour elle, non seulement à l'avantage que nous indiquons ici, mais à une foule d'autres, dont nous ne mentionnerons qu'une partie, et qui découlent tous de la connaissance de soi comme de leur source et de leur origine.

En premier lieu, l'âme traite maintenant avec Dieu dans le respect et la révérence qui doivent toujours caractériser notre relation avec le Très-Haut. Dans le temps prospère des consolations et des goûts spirituels, elle manquait en ce point, parce que cette agréable bienveillance que Dieu lui témoignait lui inspirait à son égard plus de hardiesse qu'il ne fallait, je ne sais quoi de discourtois et de peu mesuré. C'est ce qui advint à Moïse lorsqu'il connut que Dieu lui parlait. Entraîné par le goût et l'appétit, il allait, sans plus de réflexion, s'approcher de Dieu. Il fallut que le Seigneur lui commandât de s'arrêter et de se déchausser (Ex 3,2-6); ce qui montre le respect, la discrétion, le dépouillement de tout appétit qu'exige la relation avec Dieu. Moïse ayant obéi, il devient si retenu, qu'au dire de l'Ecriture, non seulement il n'osait pas approcher, mais même il n'osait pas regarder. C'est qu'ayant ôté la chaussure des appétits et des goûts, il connut profondément sa misère en présence de Dieu, ce qui lui était indispensable pour en recevoir la parole.
Il en fut de même de Job. Les délices et les joies qu'à son propre témoignage il trouvait en son Dieu (Jb 1,1-8), ne constituaient pas la disposition que Dieu voulait voir en lui pour le favoriser de son entretien. Il fallut que Dieu le plaçât nu sur un fumier, qu'il l'exposât à l'abandon et aux persécutions de ses amis, qu'il le livrât en proie aux angoisses et à l'amertume, et pour tout dire, aux vers qui couvraient le sol autour de lui. Alors le Dieu très-Haut, qui relève le pauvre de son fumier (Ps 12,7), se fit gloire de descendre jusqu'à lui, de lui parler face à face et de lui découvrir les secrets sublimes de sa sagesse, comme il ne l'avait jamais fait au temps de sa prospérité (Jb 2; 29-30; 38-42).

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