Dieu seul DIEU Seul

DIEU Seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

De l'accomplissement
Du détachement
Vie contemplative
Pauvreté en esprit
Des justes
Le juste
Du Fils de Dieu
Livre des consolations
Perfection de l'âme
Union Dieu-âme
Instruction spirituelle

DU ROYAUME DE DIEU

LE VERBE ETAIT DIEU

Le Verbe était Dieu signifie donc ceci : l'unicité d'essence. IL ETAIT DES LE COMMENCEMENT EN DIEU : en tant qu'égal à lui en sagesse, vérité, bonté, en toute perfection essentielle; ceci s'applique aux formes de vie éternelles, à la structure et à la plénitude de l'essence divine.
Ainsi ce n'est que l'unité suressentielle qu'il faut comprendre par le royaume de Dieu, que l'esprit cherche à connaître et vers quoi il aspire.

En second lieu nous comprenons par royaume de Dieu l'âme. Car l'âme est créée semblable à la divinité. Par conséquent tout ce qui est dit ici du royaume de Dieu, en tant que Dieu lui-même est ce royaume, peut aussi se dire en vérité de l'âme. TOUT A ETE FAIT PAR LUI, continue saint Jean. Ceci doit être compris dans l'âme, car l'âme est le Tout. Elle l'est en tant qu'elle est une image de Dieu. Mais en tant que telle elle est aussi le royaume de Dieu. Et, de fait, si Dieu subsiste en soi sans commencement, il demeure dans le royaume de l'âme sans fin. Dieu est dans l'âme de telle façon, dit un maître que tout son être-Dieu repose sur elle. C'est un état plus haut quand Dieu est dans l'âme que quand l'âme est en Dieu : Si l'âme est en Dieu elle n'en est pas pour cela encore bienheureuse, mais oui bien si Dieu est en elle. Soyez-en persuadés : Dieu est lui-même bienheureux dans l'âme ! Car, encore que Dieu sorte de lui-même quand il crée l'âme, il se maintient pourtant en elle dans la mesure où il y enfouit en même temps son trésor, son royaume divin. "Le royaume du ciel est pareil à un trésor qui est caché dans un champ", dit Jésus-Christ. Ce champ est l'âme - dans laquelle gît, caché, le trésor du royaume de Dieu. C'est pourquoi Dieu, et toute créature, est bienheureux dans l'âme.
Ce que nous disons de l'âme est valable pour elle dans la mesure où elle est une image ressemblante de Dieu : examinons donc sur quoi repose cette ressemblance divine. Sur les puissances, répond un maître, et c'est ce qu'on tient généralement pour correct. Mais cette proposition n'est pertinente que quand on la comprend bien : si on prend les puissances comme distinctes ce n'est pas une vérité dernière; mais si on les prend en tant qu'elles se joignent et s'unissent dans ce que l'âme peut présenter de plus haut, la proposition est vraie.
Ici, en effet, dans un tel agir divin, il appartient à l'âme de jeter un nouveau regard - spirituel, qui n'a besoin d'aucun intermédiaire - dans la nature divine. Dans cet agir elle se rend maîtresse de sa propre essence supraréelle en Dieu. Dans cette action toutes les choses sont divines pour l'image originelle de l'âme. Car dans cette action la plus particulière qui est la sienne, cette image originelle est, elle-même, selon la nature des choses, Dieu et bienheureuse. Mais non pour sa conscience : au même instant où elle regarde en elle et se voit, elle saisit aussi en même temps Dieu comme celui qui demeure essentiellement en elle sans intermédiaire. Ainsi elle est bienheureuse, par elle-même selon la nature des choses, mais en vertu de l'essence divine pour sa conscience. - Un maître dit que cette image originelle jaillit directement de Dieu; et dans le même clin d'oeil elle se saisit pourtant, par un acte de la raison, comme contenue en Dieu sans en être séparée. Ainsi sa sortie, de même que sa permanence au sein de l'essence divine, se présentent du point de vue de la raison comme les deux aspects d'un seul et même fait spirituel.
Soyez certains, je vous en conjure, que l'âme ici dans son image originelle n'a jamais reconnu pour tel quelque chose de fini ni été soumise au temps ni à l'espace. Car en elle toutes choses sont Dieu. Le doux et l'amer, le bon et le mauvais, le grand et le petit, tout cela est pareil dans cette image originelle. Pas plus que la nature divine n'est transformée par tout ce qui appartient au monde fini, cette image n'est transformée par tout ce qui est jamais arrivé dans le temps. Car elle saisit et fait usage de toutes choses selon la loi de vie de la divinité.

Maintenant on peut demander : si cette richesse est en nous pourquoi donc nous est-elle inconnue ?
A cela nous répondons : l'âme a un penchant naturel pour les créatrues ; il faut donc que son action commence avec des images de choses finies. (Et c'est pourquoi certains s'imaginent que cette image originelle aussi appartient à ce domaine. Que non ! Ceux-là comprennent désespérément peu de choses à la noble nature de l'âme !) Cette action dans le fini est l'affaire de l'entendement commun. A vrai dire l'activité de celui-ci prend bien son origine dans les plus hautes facultés de l'intelligence : elle commence par une image de la raison dont le contenu est déterminé par les images de l'imagination mais dont la forme essentielle l'est par cette chose la plus haute, qui contemple Dieu, par l'image originelle : de laquelle l'âme éprouve un tel enrichissement qu'elle devient capable de comprendre la vérité sur toutes choses. Mais à cette activité de l'entendement adhère aussitôt la volonté commune, qui n'est rien d'autre que le penchant des sens. Et ainsi l'intelligence commune prend donc les choses pour quelque chose de réel ; et la volonté commune les prend pour bonnes ! Ce sont donc toujours des choses qui sont l'objet de leur activité. C'est pourquoi aussi ils sont loin d'atteindre Dieu. Car Dieu n'est ni bon ni réel. Mais de la même manière que Dieu est dégagé et séparé de tout ce qu'une créature peut comprendre, de même exactement l'est aussi la plus haute image ressemblante de la divinité.

De deux manières de chercher Dieu