Dieu seul DIEU Seul

DIEU Seul Dieu le Père Connaitre Dieu Union à Dieu Royaume de Dieu Spiritualité

Maître Eckhart

De l'accomplissement
Du détachement
Vie contemplative
Pauvreté en esprit
Des justes
Le juste
Du Fils de Dieu
Livre des consolations
Perfection de l'âme
Union Dieu-âme
Instruction spirituelle

DU ROYAUME DE DIEU
Maître Eckhart

ET LE VERBE ETAIT EN DIEU

Remarquez maintenant dans le Verbe ou dans le Fils né du Père, comment il demeure dans l'essence et pourtant sort en même temps en tant que Personne.
Tout acte de compréhension raisonnable, enseignent les maîtres, se conclut par une parole intelligible. Or, en tant que Dieu le Père se comprend lui-même, sa propre nature devient l'objet de sa compréhension : le Père se considère. Par là la nature s'accroît d'une détermination supplémentaire qui s'appelle le devenir conscient de soi. En ce sens le Fils demeure, selon l'essence, dans le Père; et s'oppose pourtant à lui en tant que Personne, en conformité avec le fait que ce processus se divise en deux déterminations. De cette manière "le Fils" est né et sort du coeur paternel, la Parole (le Verbe) est prononcée. Comme le dit la sagesse éternelle : "Je suis sortie de la bouche du Très-Haut !" Sortie de la compréhension de sa propre essence, en tant que la Parole éternelle du Père divin.

Et le Verbe était en Dieu signifie donc : en tant que Personne particulière à côté du Père, comme c'est expliqué ici.
Remarquez ensuite à propos de ces deux personnes, comment elles produisent en commun le Saint-Esprit. Voici l'explication des maîtres : Cependant que le Père, en aimant, s'épanche dans le Fils, l'amour se brise en quelque sorte et, désormais en tant que le Fils, s'épanche en retour dans le Père. Cet épanchement d'amour des deux pose un esprit commun du Père et du Fils.
Question : si le Saint-Esprit est une détermination ultérieure de la nature divine dans le même sens que le Fils ? Nous répondons : Non ! Car pour cela il faudrait que, comme le Fils, il fût produit par l'activité de la nature divine. Mais ce n'est pas le cas : car alors il y aurait dans la divinité deux Fils ! Mais ce n'est que dans l'existence propre du Saint-Esprit que s'achève la constitution de la nature divine : sa surgie est du libre ressort de la volonté. - Du fait que le Fils, de par son origine naturelle, est seul le portrait ressemblant du Père, mais non pas le Saint-Esprit, il ne se produit aussi d'échanges réciproques qu'entre le Père et le Fils, mais non avec le Saint-Esprit.

Or, dans tout ceci, il t'incombe, âme noble, de chercher avec ta raison le royaume de Dieu. Saint Jean dit : ET LE VERBE ETAIT DIEU. Par quoi nous est indiquée l'unification des Personnes dans l'essence divine. Or sus ! âme noble, élève-toi dans un miracle divin ! le miracle de cette noble compagnie qui unit trois Personnes en une essence simple et unique. Ici seulement, dans une telle unité essentielle, là où il demeure au-dessus de toutes les essences, Dieu est en lui-même un Royaume.
On pourrait demander si l'essence divine en tant que telle, sans les formations distinctes que les maîtres appellent les formes de vie éternelles, peut cacher la béatitude de Dieu et par là aussi celle des créatures. A ceci nous répondons : non ! Car l'essence dans son sens pur est la même chose en Dieu et dans les créatures. Mais la béatitude de Dieu, et aussi de l'âme, repose sur l'essence divine, dans la mesure où celle-ci enferme en elle toutes les déterminations ultérieures que nous appelions les formes de vie éternelles : qui en tant que telles donnent pour la première fois la réalité à l'essence.
Or, certains docteurs disent que l'âme pourrait très bien ne prendre comme objet qu'une seule de ces formes, sans les autres, et être aussi bienheureuse en elle. Mais il n'en est pas ainsi ! Car alors il faudrait que chacune de ces formes, sans les autres et séparée de l'essence, fût fondée en elle-même, et cela est impossible. C'est pourquoi cette affirmation n'est pas correcte ! La béatitude de l'âme repose au contraire sur ceci qu'elle comprend toutes ensemble dans un concept unique, ces formes de vie éternelle qui sont les membres de l'expression de l'essence divine. Car ici il n'y a pas de partage, ici Dieu est l'Un suressentiel : béatitude pour lui-même et pour toutes les créatures dans la pleine réalisation de sa divinité ! Soyez sûrs que Dieu lui-même n'a jamais dans cette unicité connu quelque chose de particulier autrement que dans un tout bien fermé ! Dans cette union il est oisif : jamais la divinité n'a fait ceci ou cela : ce n'est que Dieu qui crée toutes choses. En tant que Dieu est créateur il est multiple et connaît toute multiplicité; en tant qu'un il est libre et vide de toute action, mais ne connaît pas non plus, dans une telle unité, autre chose que ce qu'en lui-même il est au-dessus de la réalité.

Le Verbe était Dieu