Dieu seul DIEU Seul - De la vie éternelle

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Maître Eckhart

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Des deux espèces de certitude de la vie éternelle

Le vrai et parfait amour de Dieu se reconnaît à ce que l'on a une espérance et une confiance illimitées en Dieu. Il n'y a pas de meilleur critière de l'amour que la confiance. Quand on aime quelqu'un d'autre affectueusement et avec abandon, cela implique par là même la confiance. La confiance, quelle qu'elle soit, que l'on a en Dieu, on la trouve réellement en lui, et mille fois plus ! De même qu'un homme ne peut jamais trop aimer Dieu, de même on ne peut pas non plus avoir une trop grande confiance en lui - rien de ce qu'on pourrait faire par ailleurs n'est à beaucoup près aussi avantageux qu'une confiance en Dieu illimitée. Tous ceux qui ont pris leur essor vers cette grande confiance, Dieu ne les a pas lâchés qu'il n'ait accompli avec eux de grandes choses. Il savait bien que cette confiance vient de l'amour.
Mais l'amour n'a pas seulement la confiance, il possède aussi un vrai savoir et une certitude inébranlable. Il y a en cette vie deux sortes de savoir sur la vie éternelle.

  L'un repose sur ce que Dieu dit lui-même à l'homme, ou notifie par un ange, ou montre par une illumination particulière. Cela arrive rarement et à peu de gens.
  L'autre savoir est incomparablement meilleur et plus profitable et échoit normalement en partage à tous les parfaits qui aiment Dieu. Il repose justement en ce que l'homme, en vertu de l'amour et de la dépendance qu'il a envers son Dieu, est plein à son égard d'une confiance sans réseve et est tout à fait sûr de lui ; l'acceptant donc sans distinction dans tout ce qui est fini. Et même si toutes les créatures la lui contestaient sous serment, oui, si Dieu lui-même cherchait à l'ébranler : sa confiance ne chancellerait pas ! Car l'amour ne peut pas se méfier, il n'attend que le bien. Et il n'est pas nécessaire qu'on doive d'abord le dire aux amants : en éprouvant qu'on est l'ami de Dieu on est aussi assuré, sans hésitation, de tout ce qui vous est bon et ressortit à votre salut. Car, quelque amour que tu puisses avoir envers lui, tu peux être sûr qu'il en a infiniment plus envers toi, et met en toi une confiance incomparablement plus grande. Car il est lui-même la fidélité.
De telles choses on peut être sûr en ce qui le concerne, et tous ceux qui l'aiment en sont sûrs. Cette certitude est beaucoup plus large et plus digne de foi que la première, elle ne peut pas tromper. Les paroles pouraient tromper et la lumière pourrait peut-être être illusoire. Cette certitude au contraire on l'éprouve dans toutes les puissances de l'âme, elle ne peut tromper dans ceux qui aiment Dieu véritablement ! Un doute à ce sujet est pour eux aussi peu possible qu'un doute envers Dieu même.
  L'amour chasse toute crainte, dit Paul : et de même il est écrit : L'amour couvre la plénitude des péchés, il ne sait rien du péché ! Ce qui ne signifie pas assurément qu'on ne doive pas avoir péché mais que les péchés s'effacent et disparaissent comme s'ils n'avaient jamais été. Toutes les oeuvres de Dieu sont d'un seul coup parfaites et pleines jusqu'au bord : celui à qui il pardonne il lui pardonne tout en une fois et de préférence les grandes choses que les petites. Ceci est encore un effet de la confiance sans réserve. - Je tiens donc ce savoir pour incomparablement meilleur : il apporte plus de profit et est plus digne de foi que le premier. Car ici même le péché ne constitue pas un obstacle. Mais ceux en qui Dieu trouve un égal amour, il les tient pour égaux, qu'ils aient beaucoup ou pas du tout péché ! Ici ne vaut que la parole de Notre-Seigneur : " Celui à qui il est beaucoup pardonné, qu'il aime d'autant plus ! "