Dieu seul DIEU Seul - De la vigilance

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Maître Eckhart

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De telles gens on en trouve beaucoup, et on réussit assez facilement, si on le veut, à ne plus être troublé par les choses parmi lesquelles on vit, ni à en garder en soi les images - car là où le coeur est plein de Dieu, il est impossible que les créatures trouvent encore de la place. Mais ceci ne doit pas nous suffire, il faut que nous fassions usage des choses dans leur ensemble d'une manière plus haute : en tant qu'elles sont ce que nous sommes - les choses que nous voyons et entendons, comme elles nous sont étrangères et hétérogènes ! Alors seulement, et non auparavant, nous sommes dans la bonne voie. Et un homme n'en aura jamais fini avec cela : sans trêve il peut ici gagner et se développer dans une vraie croissance. Dans chaque oeuvre et dans chaque chose on doit consciemment faire usage de sa raison, avoir partout une connaissance raisonnable de soi et de son intériorité et en toutes choses saisir Dieu au sens suprême qui n'est que possible ! Afin que l'on soit, comme Notre-Seigneur le demandait : " Vous devez être comme des gens qui veillent en tout temps et attendent leur maître ! " Par ma foi ! de telles gens qui attendent et qui espèrent sont à leur poste et regardent autour d'eux, cherchant d'où viendra celui dont ils désirent si vivement la venue ; et ils l'attendent dans tout ce qui arrive, si étrange que cela leur apparaisse : ne serait-il pas pourtant là ? Ainsi il est convenable que nous guettions délibérément Notre-Seigneur en toutes choses. Ce pourquoi, naturellement, de l'application est requise et il faut se mettre en frais, ce qu'on ne peut faire qu'avec les sens et les puissances de l'âme. Ainsi les gens sont remis d'aplomb et saisissent Dieu en toutes choses sans distinction, et le perçoivent avec une force égale dans chaque situation. Et même si une occupation peut être plus appropriée qu'une autre : celui qui ne ferait que son ouvrage avec une âme égale, ses oeuvres auraient toutes aussi une valeur égale. Et celui qui a une âme droite, en vérité - à celui pour qui " Dieu " serait aussi venu au " monde " - Dieu brillerait à ses yeux aussi ouvertement dans l'occupation la plus " mondaine " que dans la plus pieuse. Ceci non pas en ce sens que l'on devrait de soi-même entreprendre quelque chose de très mondain ou de contraire [à Dieu] ! Mais ce qui vous arrive du monde extérieur, par la vue ou par l'ouïe, on doit le tourner vers Dieu.
  Celui à qui Dieu est ainsi présent en toutes choses, celui qui est pleinement maître de sa raison et en fait usage d'une façon appropriée il sait seul ce qu'est la vraie paix et seul il a réellement " le royaume du ciel ". Car celui qui veut parvenir à bon port il faut qu'il lui arrive de deux choses l'une : ou bien qu'il apprenne à saisir et à retenir Dieu dans son travail, ou bien qu'il abandonne entièrement le monde et les oeuvres ! Or, comme l'homme ne peut subsister dans cette vie sans travail et que celui-ci est bien plutôt une part de l'homme et de beaucoup de manières, il faut donc que l'homme apprenne à avoir son Dieu au milieu des choses et à ne pas se laisser gêner par les affaires ou les lieux.

  Et c'est pourquoi aussi quand le commençant a affaire avec les gens il doit d'abord intensément avoir recours à Dieu, le graver profondément dans son coeur et rassembler en lui toute sa volonté et toute sa mémoire, toutes ses puissances, afin que rien d'autre ne puisse se former en lui. En somme on ne doit dans aucune oeuvre en prendre trop à son aise et penser " bien jugé et bien exécuté ", afin qu'on ne devienne pas trop libre et trop sûr de soi dans le travail et que notre raison ne devienne pas oivive ou ne s'endorme pas : de temps en temps nous devons nous élever avec la paire d'ailes Raison et Volonté et par là mettre la main à notre salut dans son élévation suprême, mais nous garder prudemment de tout dommage tant extérieur qu'intérieur. Ainsi on n'a jamais de retard mais on croît sans cesse en force !