Dieu seul DIEU Seul - De la recherche spirituelle

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Maître Eckhart

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Qui veut entrer dans une nouvelle vie ou dans une nouvelle oeuvre, qu'il aille vers son Dieu et qu'il réclame de lui avec une grande force et en toute dévotion qu'il dispose de lui pour le mieux, comme il lui est le plus agréable et de la manière la plus digne de lui. Et ne cherche là-dedans et n'aie en vue rien pour toi, mais l'intention de Dieu, rien de plus ! Ce que Dieu alors lui donne en partage, qu'il le prenne directement de la main de Dieu, qu'il le tienne pour l'objet de ses désirs et en soit satisfait tout à fait sans réserve. Que s'il arrive que par la suite une autre méthode lui plaît davantage, il doit se dire : " Dieu t'a accordé ta méthode ! " Elle sera sans doute pour lui la meilleure, il peut s'en rapporter là-dessus à Dieu avec confiance ! Que par une méthode l'on se saisisse de toute bonne méthode, et par seulement de ce qu'elle a de particulier. Car il faut que l'homme fasse toujours une chose - il ne peut tout de même pas faire tout - et soit toujours un : mais dans l'un on doit tout comprendre. Car si quelqu'un voulait tout faire, tantôt ceci tantôt cela, et quitter sa voie et prendre celle d'un autre qui lui plairait momentanément davantage, cela n'aurait pour effet qu'une instabilité suspecte. Tout comme quelqu'un qui sortirait du monde pour la première fois pour entrer dans un ordre aurait plus de chances d'arriver à la perfection que celui qui passerait d'un ordre dans un autre, quelque saint qu'il ait été par ailleurs. Cela vient du changement des méthodes. Qu'on prenne une bonne méthode et qu'on s'y tienne - et qu'on ne commence pas aujourd'hui une chose et demain une autre - sans se soucier de laisser perdre par là quelque chose : avec Dieu on ne perd pas, pas plus que Dieu ne se perd lui-même.
  Prends donc une chose de Dieu et tire dedans tout bien. Mais s'il se trouve que cela ne veut pas s'arranger, qu'une chose ne supporte pas l'autre, que cela te soit un signe certain que cette chose ne tire pas de Dieu son origine. Il n'y a pas de bien contre un autre bien ! (Comme le dit Notre-Seigneur : " Tout royaume divisé contre lui-même périra " et " Qui n'est pas avec moi est contre moi ; et qui ne rassemble pas avec moi dissipe ".) Que ce te soit donc un signe certain que quand un bien quelconque n'en supporte pas auprès de lui un autre, même plus petit, il est impossible qu'il ait en Dieu son origine. Cela doit parfaire et non détruire. Pour le dire en une expression brève et mesurée, il n'y a là-dessus place à aucun doute : le bon Dieu donne toujours à chacun ce qu'il a de meilleur ! Ceci est sûr : il ne prend personne couché qu'il aurait tout aussi bien pu trouver debout. Car Dieu, en tant que le Bien, n'a toujours en vue, avec le monde entier, que le meilleur.

  On élève l'objection : "Pourquoi donc Dieu ne retire-t-il pas d'ici à temps les gens dont il sait qu'ils décherront la grâce du baptême ; en sorte qu'ils meurent dans leur enfance avant qu'ils n'arrivent à l'âge de raison ? Car il sait d'avance qu'ils tomberont et ne se relèveront pas. Ce serait bien pour eux le meilleur ? "
  Je réponds : Dieu n'est pas un exterminateur de quelque valeur que ce soit mais un réalisateur. Dieu ne détruit pas la nature mais il l'accomplit. Si Dieu détruisait la nature déjà en son début il lui ferait tort et violence. Il ne fait rien de tel ! L'homme a une libre volonté avec laquelle il peut choisir le bien ou le mal et Dieu lui propose, s'il fait le mal, la mort, et, s'il fait le bien, la vie. L'homme doit être libre et maître de toutes ses oeuvres sans subir de destruction ni de violence ! La grâce ne détruit pas la nature, elle la parfait. La glorification c'est la grâce à son but.
  Il n'y a donc rien en Dieu qui détruise tout ce qui a un être quelconque. Mais il est un réalisateur de toutes choses. Nous ne devons donc pas non plus détruire en nous aucun petit bien, une méthode insignifiante au profit d'une plus distinguée, mais la mener à son accomplissement !

  Ainsi se déroula notre conversation "au sujet d'un homme qui se proposait de commencer à nouveau une vie" et je la conclus à peu près de la manière suivante :
Il fallait que cet homme, sans préjudice de sa méthode particulière, devînt tout bonnement un chercheur et un trouveur de Dieu : en tout temps, en tout lieu et en toute société. Dans cet effort on peut croître et progresser sans interruption et ne jamais avoir fini de progresser.